Ce que tu cherches

A travers ses Quatrains, Rûmî, n’a de cesse de nous inviter à sortir du sommeil de l’ignorance ! Il nous rappelle encore et encore que nous sommes tous issus du Bien-Aimé, issus de cet Océan d’Amour infini, issus de ce dont nous ne cessons de chercher !
Nous sommes ici interrogés sur le sens de nos recherches !

O toi dont la pensée est enchaînée, tes pieds ne sont-ils pas libres ?
Finalement, tu l’as vu, le mouvement est, lui aussi, mystère.
Dans le mouvement, il est certain que la liberté devient sans contrainte
L’eau du puits et celle de la rosée sont rendues différentes par cela.

L’oiseau de l’âme ne désire pas s’envoler vers le ciel
Nulle des six directions ne l’incite à prendre son essor.
Tu demandes : « Où voler à tire-d’aile pour Le trouver ? »
Mais où peut-on voler où Il ne serait pas ?

Il est venu, il est venu, celui qui n’est jamais parti !
Cette eau n’a jamais manqué à ce ruisseau
Il est le trésor de musc et nous sommes son parfum :
Vis-tu jamais le musc séparé du parfum ?

Il est bon de franchir chaque jour une étape
Comme l’eau vive qui ne stagne pas.
Hier s’est enfui, l’histoire d’hier elle aussi est passée
Il convient aujourd’hui de conter une histoire nouvelle.

L’eau qui coule n’est pas lasse des poissons
Et le poisson n’est pas las de cette eau qui coule.
Ni l’âme ni le monde ne sont las des amoureux
Ni l’amour n’est las de l’âme et du monde.

Si tu es à la recherche de l’âme, tu es une âme
Si tu es en quête d’un morceau de pain, tu es du pain.
Si tu peux saisir le secret de cette subtilité, tu comprendras :
Chaque chose que tu recherches, c’est cela que tu es.

Podcast et intermède musical: Ce que tu cherches

CD disponible sur Amazon

Haut de page

Le créateur des actions

Je vous invite aujourd’hui à une réflexion sur le chapitre 54 du Livre du Dedans.
Rûmî dit : »Autrefois, lorsque j’écrivais des vers, j’avais une grande impulsion intérieure qui me poussait à les composer, et cette inspiration faisait impression sur les auditeurs. A présent que l’impulsion décline, les impressions demeurent vives. »
Sur la base de ces paroles, nous pouvons méditer sur la source, le créateur des actions.
L’homme est-il créateur de ses actions? Peut-il par lui-même créer quoi que ça soit? NON! Il est l’acteur des actions divines. D’où provenait l’impulsion intérieure de Rûmî pour écrire ? Qui lui donnait l’inspiration ? Quel était le but de ces compositions ? DIEU seul connaît la portée de ce qu’Il induit dans le coeur des hommes. Est-il dans les compétences de l’homme de créer l’inspiration ? Il est écrit dans le Coran : « Seigneur du Levant et du Couchant » qui signifie « Il (Dieu) éduque les impulsions qui apparaissent et disparaissent. »
Le créateur des actions, avec certitude, est Dieu !
« Chaque action, bonne ou mauvaise, procède de la créature ; elle les effectue avec un mobile et une intention, mais la valeur de cette action n’est pas à la mesure de ce qu’elle imagine. Dieu seul connaît l’utilité totale de cette action et sait quel fruit on peut en tirer. »

Qui d’entre nous n’a pas fait cette expérience ? Agir quelque chose dans un but bien précis et finalement obtenir tout autre chose que ce qui était espéré ou souhaité ? Il ne suffit pas de vouloir quelque chose pour que cela se produise, encore faut-il que ça soit conforme au décret divin ! Tant que l’homme agit pour la satisfaction des sens de ce monde-ci, indifférent au monde divin, il n’obtiendra pas autre chose que de l’éphémère!
Quand l’esprit de l’homme s’éveille alors, ce monde-ci devient indifférent et ses actions sont tournées vers la satisfaction du décret divin. Il obéit à un appel intérieur, à un ordre divin, quand bien même il ne peut pas encore mesurer la portée de ses actions, il les pose en toute confiance et en accueille les résultats, quels qu’ils soient ! Ce qui inspire le coeur de l’homme, c’est le Trésor du Roi ! Ce Trésor enfoui au plus profond de ses fondations.
Le créateur des actions est Dieu ! A n’en plus douter !

Haut de page

Utiliser le trésor

Une fois le trésor trouvé et mis au grand jour il ne convient plus de le garder pour soi! Mais de quel trésor parle-t-on exactement? Les textes sacrés nous disent: « J’étais un trésor caché et je tenais à être connu » Ce trésor n’est autre que la Lumière d’Amour de Dieu enfouie au plus profond de nos coeurs. Le Coran nous dit ceci dans la Sourate de la lumière au verset 35: « Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Semblance de Sa lumière: une niche où brûle une lampe, la lampe dans un cristal; le cristal, on dirait une étoile de perle: elle tire son aliment d’un arbre de bénédiction, un olivier qui ne soit ni de l’est ni de l’ouest, dont l’huile éclaire presque sans que la touche le feu. Lumière sur lumière! Dieu guide à Sa lumière qui Il veut… »
Utiliser le trésor devient alors impératif! Il se doit d’être partagé, d’être utilisé pour le bien des plus proches bien sûr, mais pas uniquement! Il convient de le partager pour le plus grand  bénéfice de tous et pour le bénéfice de la Perfection du Tout! Utiliser le trésor revient alors à vivre essentiellement par l’Amour de Dieu, pour l’Amour de Dieu, dans l’Amour de Dieu!
Manifester Sa Grandeur au quotidien, dans chacun de nos actes, voilà ce que siginifie: Utiliser le trésor! Faire en sorte que tous nos actes soient empreints de l’Amour divin, manifester Sa Beauté à chaque instant, ne voir qu’Elle en chaque être manifesté, ne plus s’arrêter à l’apparent, aux défauts, aux manquements, aux jugements erronnés ou précipités, aux critiques…
Utiliser le trésor c’est célébrer la Vérité divine, rendre Grâce pour tous les bienfaits reçus, honorer la Vie pour sa valeur réelle!
Il ne convient pas de reconstruire une ruine une fois le trésor trouvé, non, il est primordial d’entrer dansla confiance la plus absolue, de s’abandonner au flot abondant de la Lumière d’Amour et de suivre ce qu’elle nous demande sans discussion, en toute soumission, en toute humilité.

Utiliser le trésor caché sorti des ruines c’est accepter de «  mourir avant de mourir » enseignement si cher à Rûmî!

Podcast: Utiliser le trésor

Haut de page

Le trésor se trouve dans la ruine

Rûmî nous dit au chapitre 28 du Livre du Dedans :

Par la puissance des armes de lumière, la cité de l’existence serait détruite.
Quand un chameau entre dans une cabane, celle-ci est détruite; mais dans cette destruction, il y a mille trésors
.

Le trésor se trouve dans la ruine.

Qu’est-ce que cela signifie dans le sens profond, dans le bâtin ?
La puissance de la Lumière divine, Lumière d’Amour de Dieu, elle seule, est capable d’anéantir les édifices que nous avons érigés en nos coeurs, en nos corps pour nous protéger d’Elle (la Lumière) par peur de sa puissance. Quelle cité avons-nous construite? Une forteresse avec moult cachettes, méandres, remparts, tours de contrôle, et une garde super-entraînée et efficace qu’est notre mental gouvernant cette cité! Cité habitée par les peurs, les rigidités, les jugements, les intolérances, les critiques et les doutes, les colères et les irritabilités, l’avidité… Et que cachons-nous dans cette cité? Un trésor! et pas n’importe lequel, non! Le trésor le plus précieux! Le trésor d’Amour Divin.
Le Coran nous le dit en ces mots dans la sourate XVII au verset 100: « Et vous, si vous possédiez les trésors de miséricordes de mon Seigneurs, vous les retiendriez, par crainte d’en faire dépense » 
– Telle est l’avarice de l’humain…
Oui, seule la puissance des armes de Lumière peuvent anéantir nos peurs et tous nos efforts à combattre l’Amour. Elle agit comme un chameau qui entrerait dans une toute petite cabane, la détruisant sur son passage, découvrant ainsi, dans les ruines de ses murailles Le Trésor! C’est de cette destruction dont il est question.
Détruire tout ce qui fait obstacle à la libre circulation de la Lumière d’Amour de Dieu en nous! Rendre le trésor libre d’être utilisé. Manifester à chaque instant Sa richesse et Sa grandeur, Sa puissance et Son abondance!
Il est bien clair que cela ne se fera pas tout seul, nous devons y travailler, nous y engager, fournir des efforts persévérants pour nous soumettre à Dieu, à Sa Lumière.
La prière est et reste la première tâche, la méditation régulière et assidue en est une autre, le jeûne aussi, les retraites silencieuses d’autres encore et l’apprentissage des textes sacrés en font partie également. Ensuite, il y a tous les efforts que cela représente dans nos actions quotidiennes: la bienveillance, la joie à accomplir nos obligations, la tolérance et le respect des choix des autres et l’apprentissage à voir et regarder la Beauté divine en tout et en tous! Tout cela, pratiqué consciemment, aboutira à une abondance de Lumière et d’Amour en nos coeurs et la Paix, la Sérénité, la Sagesse nous serons alors accessibles.

Podcast: Le trésor se trouve dans la ruine

Haut de page

O silence!

Superbe poème de Rûmî extrait des Odes mystiques (No 38.)

J’ai échappé à cette concupiscence et à ce désir; qu’on soit vivant ou mort, c’est un fléau.
Vivant ou mort, ma patrie n’est que la grâce de Dieu.
J’ai échappé à cette poésie et à ces ghazals, ô Roi et Sultan de l’éternité.
O silence, tu es ce qu’il y a de plus précieux au centre de moi-même,
Tu es le voile de toute suavité en moi.
Fais moins étalage de ta science, fais silence, car dans le silence il n’est ni crainte ni espoir.
Pour le village détruit, abandonné et déserté, il n’est point de dîme ni de taxe de la terre.
Je suis ivre et détruit, ne cherche en mes paroles ni valeur ni erreur:
Avant qu’Il ne me détruise, comment me donnerait-Il ce trésor?
Avant qu’Il ne me jette dans les flots, comment l’océan de la libéralité m’emporterait-il?
L’homme des discours, que sait-il de la douceur du silence?
Le coeur aride, que connaît-il de la fraîcheur fluide?
Je suis le miroir, je suis le miroir, je ne suis pas l’homme des discours.
Vous pourrez voir mon état spirituel quand vos oreilles seront devenues regard.
J’agite mes mains comme les feuilles de l’arbre, et je tourbillonne en dansant comme la lune;
Cette rotation a un aspect terrestre, mais elle est plus pure que celle des sphères célestes.
O initié qui tiens des discours, parle, que je prie Dieu pour toi,
Quand je serai gai et ivre, chaque matin, au moment de la prière.
Mon froc et ma tunique,  je ne te les refuse pas;
Ce qui m’arrive du Sultan, partageons-le par moitié.
Par la main du Sultan m’arrivent la coupe et l’amphore du vin éternel:
La source du soleil en mendie une gorgée.
Je suis silencieux, mon gosier est infirme, ô initié qui tiens des discours, parle, toi,
Car tu es la voix de David, et je suis comme un fétu de paille envolé.

Haut de page