Insuffle dans nos oreilles le souffle divin

Avec l’ode No 11, Rûmî attire notre attention sur le fait que quelles que soient les épreuves auxquelles l’homme doit faire face, quelle que soit l’époque, il est invité, à chaque fois, à se rappeler qu’il est intimement uni au Bien-Aimé. « …rend vivant cet être d’eau et d’argile  » dit-il,  « Insuffle dans nos oreilles le souffle divin ».
Puissent les coeurs endurcis par les épreuves entendre le souffle divin et se réveiller à Sa présence.

O oiseau dont la voix ressuscite les morts, ô rossignol aux doux chants,
Ravis Zohra par cette mélodie qui redonne la vie.
Montre ta beauté, afin qu’amis et ennemis
Apportent le témoignage de leurs visages pâlis, de leurs yeux pleins de larmes.
Le chagrin fait gémir tous les hommes et les femmes :
« Sauve-nous de la peine qu’inflige ce tyran pareil au dragon ! »
Tu as fait résonner, de toute sa puissance, le luth du chagrin
Avec les sons graves ou aigus de tes paroles : « Eloigne-toi » .
Pour que, grâce à ton équité, le néant donne naissance à des chants passionnés, ô toi aux purs accents,
O échanson !  Souviens-toi de nous ! Remplis cent outres de ton souffle,
Rends les âmes pleines d’amour comme Farhâd, éprises de cette Face belle comme Shirîn.
Puisque tu es le Séraphiel du coeur, rend vivant ces êtres d’eau et d’argile ;
Par bonté, insuffle dans nos oreilles le souffle divin.
Nous sommes pareils à une meule dressée, où le blé se mêle à la paille ;
Par le souffle vivifiant du vent, sépare des fétus le grain,
Afin que le chagrin aille au chagrin, et la joie à la joie,
Afin que la boue aille à la boue, et que le coeur monte au ciel.
Ces grains précieux, demeurés prisonniers du sol,
Attendent la pluie favorable, ils désirent la brise matinale,
Pour que le sort de l’âme soit précieux comme l’or, qu’elle soit unie au Bien-Aimé.
D’inférieure, elle deviendra élevée, de paille elle deviendra ambre.
Garde le silence. Il m’a été permis de dire
Un secret que nul jusqu’à moi n’a murmuré à l’oreille des Frères de pureté.

Podcast et intermède musical: Insuffle dans nos oreilles le souffle divin

Haut de page

Qu’il en soit ainsi

La rencontre de Shams de Tabriz a bouleversé la vie de Rûmî; il nous le confie à travers toute son oeuvre ! Aujourd’hui, à travers l’ode mystique No 82, il nous partage le cheminement qui s’est opéré dans son coeur au contact de Shams. Puissent nos coeurs entendre les appels aux changements impératifs à adopter pour rencontrer enfin la Beauté de l’Ami, du Bien-Aimé. Qu’il en soit ainsi !

Le Bien-Aimé répond à présent à nos voeux : qu’il en soit ainsi.
Son impiété est devenue foi parfaite : qu’il en soit ainsi !
Si le royaume fut troublé, c’est par Satan le pervers ;
Salomon a reconquis son empire : qu’il en soit ainsi.
L’ami qui blessait mon coeur, qui me fermait sa porte
Est devenu compatissant pour ses amis : qu’il en soit ainsi.
Il buvait seul le vin, il s’amusait seul ;
Il est prêt à sacrifier sa vie à son hôte, à présent : qu’il en soit ainsi.
Par sa feinte colère, par ses douces manières,
Le monde est comme un champ de cannes à sucre ; qu’il en soit ainsi.
La nuit s’est enfuie, le jour est arrivé, le chagrin est parti, la fortune est venue,
Le soleil est devenu éclatant : qu’il en soit ainsi.
Grâce aux coeurs affligés, aux efforts des fous de Dieu,
Cette chaîne s’est relâchée : qu’il en soit ainsi !
La fête est venue, la fête est venue, l’ami que nous effarouchions est venu.
Les étrennes sont venues en abondance : qu’il en soit ainsi.
O chanteur mystique, ne te cantonne pas « en bas »,
Car Vénus est entrée dans le signe de la Balance : qu’il en soit ainsi !
Le derviche est devenu Faridûn, il est devenu l’associé de Qârûn
Il est devenu le commensal du Roi : qu’il en soit ainsi.
Vois le vent qui, par la magie des lèvres de Shîrîn
Gémit avec la flûte de roseau : qu’il en soit ainsi.
Pharaon, avec toute sa dureté, avec toute son infortune,
Est devenu à présent Moïse fils de ‘Imrân. Qu’il en soit ainsi !
Ce loup d’une telle laideur, rempli d’ignorance et d’oubli,
Est devenu à présent Joseph de Chanaan. Qu’il en soit ainsi !
O Shams, Soleil de Dieu de Tabriz ! Dans la mesure où tu apparais
Tabriz est devenu l’Orient. Qu’il en soit ainsi !

Podcast et intermède musical: Qu’il en soit ainsi

Haut de page

Quelle est la Voie

Alors que partout le déconfinement se met en place avec une certaine prudence, certes, mais progresse, espérant la reprise des affaires, du tourisme, des rencontres, une question traverse mon esprit : Pourquoi tant de frénésie à vouloir retourner à ce qui était avant ?
Quelle est la Voie qui nous invite aujourd’hui après ces mois de « mise en pause » du système économique ?
La réponse que je vous propose est celle contenue dans l’ode No 374 de Rûmî qui mérite méditation.

Quelqu’un demanda : »Quelle est la Voie ? »
Je dis : « La Voie, c’est renoncer aux désirs ».
O toi, amoureux de Dieu ! Sache que ta voie
Consiste dans la recherche du consentement de  ce Maître.
Puisque tu recherches le désir et la volonté de l’Ami,
La recherche de ton propre désir est pour toi illicite.
L’âme est devenue tout entière amour de l’Aimé,
Cet amour est un monastère sublime.
L’amour pour Lui n’est pas plus aisé à atteindre que la cime des monts.
Le faîte de la montagne, pour nous, c’est l’accomplissement.
La grotte où se cache l’Ami, c’est l’Amour.
L’harmonie de l’âme est l’oeuvre de Sa beauté ;
Toutes les choses que te donne la pureté sont licites.
Il ne m’appartient pas de te préciser lesquelles :
Garde le silence et suis le Maître (le Pîr) de l’amour :
Lui seul est ton guide dans ce monde et dans l’autre.

Podcast et intermède musical: Qu’elle est la Voie ?

Haut de page

Si tu ignores l’amour, dors

Dans l’ode No 314, Rûmî nous rappelle les règles à suivre pour nous rapprocher de l’union. Avec amour, il nous décrit les pièges, les attitudes, les attachements qui nous maintiennent loin de Lui (Dieu). Il nous rappelle ce qui sied au chercheur et ce qui convient à celui qui ne croit qu’en la réalité de cette vie. Si tu ignores l’amour, dors !
Ode merveilleux à méditer.

Si tu ignores l’amour, voici ce qui te convient : dors !
Va, l’amour et le chagrin pour Lui, c’est notre part : toi, dors !
Le soleil de notre douleur pour l’Ami nous a rendus pareils aux poussières qui dansent dans ses rayons.
Mais toi, dans le coeur de qui ne s’est jamais levé ce désir, dors.
A la recherche de l’union avec Lui, je cours comme une eau impétueuse.
Toi qui ne te soucies pas de savoir où Le trouver, dors.
La voie de l’amour est en dehors des soixante-douze voies, dors !
Puisque ton amour et ta voie sont la tromperie et l’hypocrisie, dors.
Son vin matinal est notre prière de l’aube, et ses grâces amoureuses notre prière du soir.
Toi dont le désir va aux mets délicieux, toi qui te soucies du soir dors.
Pour chercher la pierre philosophale, nous avons fondu comme le cuivre.
Toi pour qui le lit et le compagnon de lit sont la pierre philosophale, dors !
Puisque tu es ivre, et chancelles, et te relèves
Bien que la nuit soit passée et l’heure de la prière venue, dors.
Le destin m’a ôté le sommeil, va-t’en, ô jeune homme !
Tu n’as pas dormi, mais tu peux compenser ton manque de sommeil : dors.
Nous sommes captifs de l’amour, que fera-t-il de nous ?
Puisque tu es prisonnier de toi-même, va te coucher paisiblement et dors.
C’est moi qui mange le pain des larmes. ô ami ! C’est toi qui manges des choses exquises.
Puisqu’un mets délicieux est propice au sommeil, dors.
J’ai renoncé à l’espoir et à la vie aussi.
Toi dont l’espoir est gai et joyeux, dors.
J’ai déchiré l’habit des lettres, j’ai abandonné la parole.
A toi qui n’es pas nu sied une tunique. Va donc, et dors !

Podcast et intermède musical: Si tu ignores l’amour, dors

Haut de page

Qu’elle est grande la grandeur divine

Rûmî nous parle à travers cet ode 92, de l’état d’union au Bien-Aimé. Quelle est grande, la grandeur divine ! Il nous parle de cet état d’anéantissement en Lui, Il n’y a ici plus de séparation, plus de Lui et de toi, Il n’y a que ravissement ! Merveille des merveilles.

Merveilleux jardin, merveilleux jardin qui s’épanouit sur les hauteurs !
Merveilleuse incarnation de la puissance divine, pleine lune merveilleuse, que Dieu le bénisse et le glorifie !
Merveilleuse gloire de Dieu !  Merveilleuse lumière, merveilleux tumulte et fièvre,
Merveilleuses perles dispersées, merveilleuse sauvegarde, merveilleuse amitié !
Merveilleuse royauté, merveilleuse richesse, merveilleuse parole, merveilleux état d’âme,
Plume merveilleuse, aile merveilleuse aux cieux des Théophanies !
Il brise les chaines comme l’âme par son audacité.
Que ce soit Dhu-n-Nûn ou Madjnûn, Leylî ou Leylâ.
Les étendards de Dieu sont apparus de derrière les monts.
Que ce soit le sultan ou l’empereur de Chine, le gouverneur ou le noble.
Qu’est-il arrivé à l’âme, qu’elle ait rejeté au loin le monde ?
Coupe la tête de celui qui dit : « Console-toi ! »
Puisque Dieu a créé le monde sans intermédiaire,

Qu’importent carillons et lois, compliments et saluts !
Que tu sois une parcelle de terre ou l’Esprit loyal,
Quand tu vois cet état dit : « Qu’elle est grande, la grandeur divine ! »
Si les cieux n’existaient pas, on ne se lamenterait pas de Dieu,
Il n’existerait point de coeur affligé : ne pousse pas de cris, ni de lamentations.
Tais-toi, tais-toi, ne vante pas tes marchandises.
Tu es le vin inconscient : purifie-toi un instant.
Tu es l’étoffe de coton et le blanchisseur, le raisin et celui qui le foule,
Presse le raisin et tords l’étoffe, mais ne salis pas tes mains.
Garde le silence, garde le silence dans cette assemblée des bons à rien  !
Ne parle pas ouvertement, ne parle pas ouvertement, ni du Seigneur ni de son
serviteur.

Podcast et intermède musical: Qu’elle est grande la grandeur divine

Haut de page