S’il t’attire, c’est pour te sauver

L’ode No 3 pourrait nous servir de modèle pour traverser les turbulences du moment en toute sérénité. “En cet instant s’il t’attire, c’est pour te sauver, te faire craindre le péché, te faire implorer le remède”. Rûmî n’a de cesse de nous inviter, encore et encore à la rencontre du Bien-Aimé !

Que penses-tu, ô mon coeur, de l’excuse de ces défauts ?
De ce côté, tant de fidélité, et de ton côté tant de négligence !
De ce côté, tant de générosité, du tien tant d’opposition et d’insuffisance !
De son côté, tant de libéralités, de ton côté tant de défauts ;
De ton côté, tant de jalousie, tant d’illusions et de soupçons.
De son côté, tant d’attraits, tant de goût, et tant de présents !
Tant de goût, pour quoi faire ? Afin que ton âme devienne douce.
Et pourquoi tant d’attraits ? Afin que tu te joignes aux saints,
Que tu te repentes du mal, que tu deviennes orant d’Allâh.
En cet instant, s’il t’attire, c’est pour te sauver,
Te faire craindre le péché, te faire implorer le remède.
Ne vois-tu pas en cet instant celui qui admoneste ?
S’il ferme tes yeux, il te rend comme une balle dans ses mains :
Tantôt il te fait rouler, tantôt il te jette en l’air,
Tantôt il met en toi le désir de l’argent, de l’or, de la femme,
Et parfois, dans ton âme, la lumière de la pensée de Mustafâ.
De ce côté-ci, il te tire vers les heureux, de l’autre, vers les malheureux.
Ou bien la barque passe, ou bien elle se brise dans les tourbillons.
Fais tant de prières en secret, pousse tant de gémissements dans la nuit,
Qu’enfin, de la voûte des sept cieux une voix parvienne jusqu’à toi.
Lorsque les cris de Shu’ayb, ses lamentations, ses larmes pareilles à la rosée
Eurent dépassé toutes limites, une voix vint du ciel, à l’aube :
“Si tu es pécheur, tu es absous, je t’ai pardonné tes péchés.
Si tu veux le Paradis, silence, je te le donne. Renonce à cette prière”.
Il répondit : “Non, je ne veux ni ceci, ni cela, je veux la vision de Dieu.
Si les sept océans deviennent de feu, j’y pénétrerai pour le voir.
Si je suis chassé (de ce lieu où je puis le voir) et que mes yeux pleins de larmes sont fermés à cette vue,
En ce cas, je préférerais l’enfer, le paradis ne me convient pas.
Sans sa Face, le Paradis est pour moi l’enfer et l’ennemi.
Je suis brûlé par les apparences des couleurs et des parfums, où est la gloire des lumières de l’éternité ?”
On lui dit : “Enfin, cesse de pleurer, de peur que ta vue ne soit amoindrie,
Car l’oeil devient aveugle quand les larmes dépassent toutes limites.”
Il répondit : “Si mes deux yeux voient enfin ce Visage,
Chaque parcelle de moi-même deviendra un oeil, et je ne regretterai pas d’être aveugle.
Mais si à la fin cet oeil reste privé de Le voir,
Mieux vaut que soit aveugle un oeil qui n’est pas digne de l’Ami” !
Dans le monde, chacun est dévoué à son ami,
L’ami de l’un est un sac plein de sang, l’ami de l’autre est le soleil lumineux.
Puisque chacun choisit un ami, bon ou mauvais, selon ce qui lui convient,
Il est regrettable que nous nous anéantissions pour ce qui n’est pas Dieu.
Un jour Bâyazid se trouvait en chemin avec un compagnon de route,
Bâyazid lui demanda : “Quel métier as-tu choisi, brave homme ?”
Il répondit : “je suis un serviteur, je m’occupe d’un âne”. Bâyazid répliqua : “Va-t-en!”
O Seigneur ! Fais mourir son âne, afin qu’il soit Ton serviteur.

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Quand ton oeil s’ouvrira tu seras voyant

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Quand ton oeil s’ouvrira tu seras voyant

L’ode No 74 que nous livre Rûmî est une pure merveille ! Il nous invite au dépouillement, au renoncement des richesses matérielles pour vivre l’expérience des richesses mystiques !  Il nous livre un secret, pourtant déposé au coeur du coeur de chaque homme, et méconnu par le plus grand nombre ! Shams de Tabriz, s’adresse au bourgeon du coeur en ces termes : “Quand ton oeil s’ouvrira, tu seras voyant avec nous”.
Puisse le coeur de chacun entendre ce secret !

Si tu n’es pas chercheur, tu chercheras avec nous.
Si tu n’es pas ménestrel, tu chanteras avec nous.
Si tu es Qârûn, dans l’amour tu deviendras misérable.
Si tu es Seigneur, tu deviendras esclave.
Un seul flambeau de cette assemblée allume cent flambeaux.
Si tu es mort ou vivant, tu ressusciteras avec nous.
Tes pieds seront libérés d’entraves, tout brillera à tes yeux
Afin que tout ton être soit épanoui comme la rose, avec nous.
Revêts un instant de pauvres habits, pour voir les gens au coeur vivant :
Rejette la soie, et vêts-toi de bure, avec nous.
Quand la graine est semée, elle pousse et devient un arbre.
Si tu comprends ce secret, tu seras abaissé avec nous.
Shams-ul-Haqq de Tabriz dit au bourgeon du coeur :
“Quand ton oeil s’ouvrira, tu seras voyant avec nous”.

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L’oeil qui voit Dieu

  1. Shemsi _Husser 3:26

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L’oeil qui voit Dieu

En pénétrant les vers de l’ode mystique No 81, nous sommes invités à renoncer à notre identité. Celle par laquelle nous sommes connus des autres, cette identité éphémère qui nous caractérise dans ce monde-ci, pour entrer dans l’Identité divine : Celle qui nous anime. Celle qui fait que nous sommes vivants ici-bas ! L’identité qui nous permet de regarder par l’oeil qui voit Dieu ! Oui, tant que nous ne pourrons pas renoncer à cette identité éphémère, nous ne pourrons goûter le vin de l’amphore de la Vie Eternelle, le vin qui enivre l’oeil qui voit Dieu !
C’est à cette réflexion que nous invite Rûmî ici, c’est à cette communion que nous sommes attendus aujourd’hui.

O échanson de l’âme, remplis cette coupe éternelle
Cette coupe qui ravit le coeur, cette coupe qui dérobe notre foi,
De ce vin qui jaillit du coeur et qui est tout mêlé d’âme,
De ce vin dont le bouillonnement enivre l’oeil qui voit Dieu !
Ce vin de raisin est pour les disciples de Jésus,
Ce vin de Mansûr est pour les disciples de Yâ-Sîn :
Il y a des amphores de ce vin-ci et des amphores de ce vin-là.
Avant que tu ne brises cette amphore-ci, tu ne goûteras jamais ce vin-là.
Ce vin-ci ne rend que pour un instant le coeur sans chagrin,
Mais il n’anéantit jamais la douleur, il n’arrache jamais la haine.
Une goutte de ce vin-là rend ton oeuvre pareille à l’or :
Que mon âme soit sacrifiée à cette coupe d’or pur !
Si cet état d’âme existe, souvent c’est à l’aube ;
Il fait abandonner la couche et le repos.
Prends garde qu’un mauvais compagnon ne te trompe avec ses tentations ;
Ne va pas, par lâcheté, briser le pacte des sultans !
Si tu reçois une blessure à la face, va-t-en chercher une blessure nouvelle.
Sur le champ de bataille, que servirait à Rostam un bouquet de jacinthes et de roses ?

Podcast et intermède musical: L’oeil qui voit Dieu

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