J’entends et j’obéis

Avec l’ode No 17 Rûmî nous fait part de l’appel du Bien-Aimé qui nous invite à ne pas rester égarés, prisonniers de l’éphémère !
“J‘entends et j’obéis” dis l’âme, “Où m’appelles-tu enfin ?”

Du ciel un appel est venu pour l’âme : “Reviens”.
L’âme a répondu : “O toi qui m’appelles, bienvenue, louanges, salut !
J’entends et j’obéis, ô voix ! A chaque instant, je te sacrifie deux cents vies.
Appelle-moi de nouveau, que je m’envole sur “hâl atâ”
O notre hôte merveilleux ! Tu as enlevé à notre vie la quiétude.
Où m’appelles-tu enfin ?” – Il répondit : “Hors de la vie et de l’espace.
J’enlève les lourdes chaînes des pieds de ces prisonniers.
Je pose sur le firmament une échelle, afin que l’âme monte vers les hauteurs.
Tu es la vie qui donne la vie, pourtant, tu es de la même ville que nous,
Et tu te contentes d’être exilé : ce n’est pas conforme à la fidélité.
Il est devenu pour toi agréable d’être errant, tu as oublié ta maison.
Ce vieux sorcier impie t’a ensorcelé, par ruse, avec cent sortilèges.
Ces caravanes qui, l’une après l’autre, s’avancent vers l’étape.
Comment ne tournes-tu pas la tête vers elles, comment ton coeur ne brûle-t-il pas de désir ?
N’entend-il pas de toutes parts le cri du chamelier et le son des clochettes ?”
Nombreux sont les amis et les compagnons assis là à nous attendre :
Un monde est assis à nous attendre, et nous sommes ivres, gais, insouciants,
Tandis qu’il crie à nos oreilles : “O mendiants, venez chez le Roi !”

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S’il t’attire, c’est pour te sauver

L’ode No 3 pourrait nous servir de modèle pour traverser les turbulences du moment en toute sérénité. “En cet instant s’il t’attire, c’est pour te sauver, te faire craindre le péché, te faire implorer le remède”. Rûmî n’a de cesse de nous inviter, encore et encore à la rencontre du Bien-Aimé !

Que penses-tu, ô mon coeur, de l’excuse de ces défauts ?
De ce côté, tant de fidélité, et de ton côté tant de négligence !
De ce côté, tant de générosité, du tien tant d’opposition et d’insuffisance !
De son côté, tant de libéralités, de ton côté tant de défauts ;
De ton côté, tant de jalousie, tant d’illusions et de soupçons.
De son côté, tant d’attraits, tant de goût, et tant de présents !
Tant de goût, pour quoi faire ? Afin que ton âme devienne douce.
Et pourquoi tant d’attraits ? Afin que tu te joignes aux saints,
Que tu te repentes du mal, que tu deviennes orant d’Allâh.
En cet instant, s’il t’attire, c’est pour te sauver,
Te faire craindre le péché, te faire implorer le remède.
Ne vois-tu pas en cet instant celui qui admoneste ?
S’il ferme tes yeux, il te rend comme une balle dans ses mains :
Tantôt il te fait rouler, tantôt il te jette en l’air,
Tantôt il met en toi le désir de l’argent, de l’or, de la femme,
Et parfois, dans ton âme, la lumière de la pensée de Mustafâ.
De ce côté-ci, il te tire vers les heureux, de l’autre, vers les malheureux.
Ou bien la barque passe, ou bien elle se brise dans les tourbillons.
Fais tant de prières en secret, pousse tant de gémissements dans la nuit,
Qu’enfin, de la voûte des sept cieux une voix parvienne jusqu’à toi.
Lorsque les cris de Shu’ayb, ses lamentations, ses larmes pareilles à la rosée
Eurent dépassé toutes limites, une voix vint du ciel, à l’aube :
“Si tu es pécheur, tu es absous, je t’ai pardonné tes péchés.
Si tu veux le Paradis, silence, je te le donne. Renonce à cette prière”.
Il répondit : “Non, je ne veux ni ceci, ni cela, je veux la vision de Dieu.
Si les sept océans deviennent de feu, j’y pénétrerai pour le voir.
Si je suis chassé (de ce lieu où je puis le voir) et que mes yeux pleins de larmes sont fermés à cette vue,
En ce cas, je préférerais l’enfer, le paradis ne me convient pas.
Sans sa Face, le Paradis est pour moi l’enfer et l’ennemi.
Je suis brûlé par les apparences des couleurs et des parfums, où est la gloire des lumières de l’éternité ?”
On lui dit : “Enfin, cesse de pleurer, de peur que ta vue ne soit amoindrie,
Car l’oeil devient aveugle quand les larmes dépassent toutes limites.”
Il répondit : “Si mes deux yeux voient enfin ce Visage,
Chaque parcelle de moi-même deviendra un oeil, et je ne regretterai pas d’être aveugle.
Mais si à la fin cet oeil reste privé de Le voir,
Mieux vaut que soit aveugle un oeil qui n’est pas digne de l’Ami” !
Dans le monde, chacun est dévoué à son ami,
L’ami de l’un est un sac plein de sang, l’ami de l’autre est le soleil lumineux.
Puisque chacun choisit un ami, bon ou mauvais, selon ce qui lui convient,
Il est regrettable que nous nous anéantissions pour ce qui n’est pas Dieu.
Un jour Bâyazid se trouvait en chemin avec un compagnon de route,
Bâyazid lui demanda : “Quel métier as-tu choisi, brave homme ?”
Il répondit : “je suis un serviteur, je m’occupe d’un âne”. Bâyazid répliqua : “Va-t-en!”
O Seigneur ! Fais mourir son âne, afin qu’il soit Ton serviteur.

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Quand les yeux deviendront voyants

Avec l’ode No 596 Rûmî nous fait une confidence quant à la Beauté de l’âme. Il nous révèle que tant que nous ne nous annihilons pas totalement en Dieu, Il ne nous dévoile pas son visage. Quand les yeux deviendront voyants, dit-il, le coeur ira vers la rectitude.
A l’ombre de Son ombre, goûte la félicité qu’Il dispense.

Une fois encore, nous avons une merveille à méditer et à découvrir.

Cette beauté que son éclat même dérobe aux yeux
Rend l’âme féconde par le goût de son amour.
La raison, par nostalgie de son parfum, de la lumière de son visage,
Rit, émerveillée, et pourtant se mord les mains.
A chaque aube, son passage me remplit d’une stupeur éperdue.
Avant que l’âme ne devienne ainsi, Il ne dévoile pas son visage.
Toute chose que tu aperçois, tu la vois sans en prendre conscience ;
Tant que tu es conscient, en vérité, Il ne se montre pas,
Tu ne participe pas à son souffle, et l’âme n’est pas son amie intime.
Une pensée consciente, elle non plus, n’est pas digne.
Le corps a tissé un voile, l’âme l’a emporté et brûlé,
Car avec ces deux adversaires le coeur ne peut approcher de l’amour.
Tant que deux armées étrangères se trouvent dans cette demeure,
La lutte et le combat ne donnent naissance qu’à la poussière.
Veux-tu sauver ta vie ? Enfuis-toi auprès du sultan.
Si tu bénéficie de l’antidote, le poison ne t’atteindra pas.
A l’ombre de son ombre, goûte la félicité qu’il dispense,
Afin que l’âme remplie de miséricorde se repose jusqu’à la Résurrection.
Quand les yeux deviendront voyants, grâce à ce Roi, Salâh-ud-Dîn,
Le coeur ira vers la rectitude, l’âme se procurera un flambeau.

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Le coeur est un jardin secret

A travers ces quelques Quatrains, nous sommes invités à pénétrer dans les méandres du coeur et y découvrir ses mystères. Le coeur est un jardin secret où se cachent des arbres, nous dit Rûmî, il manifeste cent formes, mais il n’a qu’une seule forme.
Le coeur est pareil à l’eau pure et limpide, osons regarder s’y refléter la lune !

O brise du matin, apporte-nous un message :
As-tu vu dans le chemin ce coeur plein de feu,
As-tu vu ce coeur embrasé et rempli de passion
Qui a incendié cent rochers de sa flamme ?

O mon âme, il est un passage entre ton coeur et le mien,
Ayant trouvé la porte, mon coeur connaît l’éveil.
Mon coeur est pareil à l’eau pure et limpide :
Dans le miroir de l’eau claire se reflète la lune.

On me dit : “Le coeur nourrit une autre passion
Il s’est éloigné de nous, il désire un autre lieu.”
Quand il est revenu, s’excusant, je l’enmtendis murmurer
Qu’il préparait pour moi, là-bas, une autre nourriture.

Le coeur est un jardin secret où se cachent des arbres
Il manifeste cent formes, mais il n’a qu’une seule forme.
C’est un océan immense, sans limite et sans rives
Cent vagues s’y brisent : Les vagues de chaque âme.

Parler de toi me rend silencieux
La douceur de tes actes me rend inactif
J’ai couru de ta cage à la demeure du coeur
Le coeur est devenu cage, et m’a rendu ton captif.

La fumée de notre coeur est le signe de notre passion, ô mon coeur !
Cette fumée qui émane du coeur est visible,
Chaque vague qui passe dans le coeur est du sang
Ce n’est pas un coeur, serait-ce un océan, ô mon coeur ?

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Quelle est la Voie

Alors que partout le déconfinement se met en place avec une certaine prudence, certes, mais progresse, espérant la reprise des affaires, du tourisme, des rencontres, une question traverse mon esprit : Pourquoi tant de frénésie à vouloir retourner à ce qui était avant ?
Quelle est la Voie qui nous invite aujourd’hui après ces mois de “mise en pause” du système économique ?
La réponse que je vous propose est celle contenue dans l’ode No 374 de Rûmî qui mérite méditation.

Quelqu’un demanda :”Quelle est la Voie ?”
Je dis : “La Voie, c’est renoncer aux désirs”.
O toi, amoureux de Dieu ! Sache que ta voie
Consiste dans la recherche du consentement de  ce Maître.
Puisque tu recherches le désir et la volonté de l’Ami,
La recherche de ton propre désir est pour toi illicite.
L’âme est devenue tout entière amour de l’Aimé,
Cet amour est un monastère sublime.
L’amour pour Lui n’est pas plus aisé à atteindre que la cime des monts.
Le faîte de la montagne, pour nous, c’est l’accomplissement.
La grotte où se cache l’Ami, c’est l’Amour.
L’harmonie de l’âme est l’oeuvre de Sa beauté ;
Toutes les choses que te donne la pureté sont licites.
Il ne m’appartient pas de te préciser lesquelles :
Garde le silence et suis le Maître (le Pîr) de l’amour :
Lui seul est ton guide dans ce monde et dans l’autre.

Podcast et intermède musical: Qu’elle est la Voie ?

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