Les amoureux

C’est l’ode No 972 que j’ai choisi de vous partager aujourd’hui, parce qu’il parle de la mort en apparence… Rûmî nous relate ici la manière dont les amoureux meurent à cette vie pour naître à la Réalité du Bien-Aimé. Les amoureux meurent avec la pleine conscience de mourir* nous dit-il, comme il nous dit aussi : “Les amoureux ouvrent les yeux qui voient l’invisible”
Il nous interpelle indirectement à travers cet ode : “Et vous, êtes-vous un amoureux ? Vous envolerez-vous vers le firmament ou mourrez-vous aveugle et sourd ?
Il n’est jamais trop tard pour s’interroger sur le lien que l’on désire entretenir avec le Bien-Aimé.
Voici cet Ode

Les amoureux meurent avec la pleine conscience de mourir,
Mais c’est devant un Bien-Aimé plein de douceur qu’ils meurent.
Ils ont bu, au jour prééternel, l’Eau de la Vie ;
Il est inéluctable qu’ils meurent d’une autre manière.
Puisqu’ils font partie de la cohorte des amants,
Ils ne quittent pas la vie comme les gens ordinaires.
Ils surpassent la dignité des anges par la grâce,
Puisse-t-il ne pas leur arriver de mourir comme des humains !
Crois-tu donc que les lions meurent comme des chiens hors de la maison ?
Le Roi de l’âme court à leur rencontre,
Quand les amoureux meurent pendant le voyage.
Tous rayonnent comme le soleil s’ils meurent aux pieds de cette lune.
Les amoureux qui sont l’âme l’un de l’autre
Meurent tous par amour l’un de l’autre.
L’amour rafraichit leur coeur embrasé,
Et pourtant ils meurent de la brûlure de ce coeur.
Tous sont pareils à la perle solitaire ;
Ils meurent comme des orphelins, sans leur père et sans leur mère.
C’est vers le firmament que s’envolent les amoureux,
Les négateurs meurent dans les profondeurs de l’enfer.
Les amoureux ouvrent les yeux qui voient l’invisible,
Mais les autres hommes meurent aveugles et sourds.
Ceux qui ne dormaient pas, la nuit, par crainte de Dieu,
Meurent tous sans danger et sans crainte.
Ceux qui ici-bas adoraient de l’herbe,
Semblables à des vaches, meurent comme des animaux.
Ceux qui aujourd’hui cherchent ce Regard
Meurent sous ce Regard plein de joie et de rires.
Le Roi les place du côté de la grâce ;
Ils ne meurent pas humbles et méprisés.
Ceux qui cherchent à acquérir les qualités du Prophète
Meurent pareils à Abû-Bakr et à ‘Omar.
Puissent-ils être loin de l’anéantissement de la mort !
Mais si je dis qu’ils meurent, ce n’est qu’une forme de langage.

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Tout ce qui était visible est devenu invisible

A travers ces quelques vers, Rûmî nous parle de la Vie et de la mort. Il nous dit combien elles sont étroitement liées, inséparables. L’une contenant l’autre, l’une ne pouvant exister sans le retrait de l’autre ! En réalité, il n’y a que Vie ! Tantôt visible à ce monde, tantôt visible à l’autre monde …. seul un voile les sépare !
Pourquoi dès lors pleurer et se révolter contre la mort, Elle qui n’est autre que la Vie Eternelle !
C’est l’ode No 999 qui nous accompagne aujourd’hui

De la patrie des âmes sont venues les armées de l’Ame.
Les armées du visible et de l’invisible sont venues.
Le vêtement de ma patience est déchiré du haut en bas,
Car du chemin de l’âme sont arrivés ceux qui déchirent les vêtements.
Les beautés de l’âme ont mis leurs voiles
Et sont parties à la recherche du Roi du monde.
Tel un torrent impétueux, elles sont descendues d’au-delà de l’espace,
Et en dansant sont venues vers l’espace.
L’Image qui se trouve dans le coeur a détruit toutes les images.
Celles qui sont voilées sont venues conquérir le royaume.
Tout ce qui était visible est devenu invisible,
Tout ce qui était invisible est devenu visible
Tout ce qui possédait un signe est devenu dénué de signe,
Tout ce qui était sans signe est devenu pourvu de signe.

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La mort physique et la mort mystique

La mort physique et la mort mystique est le sujet des quatrains que j’ai choisi de vous partager aujourd’hui. C’est avec subtilité et délicatesse que Rûmî nous enseigne l’art de la mort mystique, sujet majeur de toute son oeuvre. Mourir avant de mourir pour comprendre le sens de la Vie. Il a lui-même appris de son Maître, Shams de Tabriz, l’importance de ce processus. Mourir à soi-même est l’acte le plus difficile à l’homme, et pourtant ce n’est qu’en passant par cette étape qu’il parviendra à la vie éternelle.

Tant que demeure en toi quelque chose de ton existence
Ne sois pas en repos, car l’idolâtrie demeure
Supposons que tu aies brisé les idoles de ton esprit :
Cette idole dont tu as cru ton esprit libéré pourtant demeure.

Ecoute, s’il t’est possible d’écouter :
Arriver à Lui, c’est se quitter soi-même.
Silence : là-bas, c’est le monde de la vision
Pour eux, la parole n’est que regard.

O toi qui est rendu vivant par l’âme de ce monde
Honte à toi, pourquoi es-tu vivant de la sorte ?
Ne sois pas sans amour, afin de ne pas être mort
Meurs dans l’amour, pour demeurer vivant.

Si tu obéis à tes passions et tes désirs,
Sache-le, tu mourras misérable
Si tu renonces à tout cela, tu verras clairement
Pourquoi tu es venu, et où tu t’en vas.

Podcast et intermède musical: La mort physique et la mort mystique

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Nourris ton coeur

L’Ode mystique 823, que j’ai choisi de vous partager aujourd’hui, est une invitation à nous interroger sur l’importance de la vie, du présent, du temps qui s’écoule et que nous gaspillons sans même nous en rendre compte ! Invitation à prendre conscience de l’importance de nourrir le coeur plutôt que de gaver l’égo … Invitation à prendre conscience que finalement, la mort se nourrit du corps alors que le coeur s’élève !

La vie s’écoule dans l’espoir pour demain,
D’une manière inconsciente, elle se hâte vers les troubles.
Ton propre temps, sache-le, c’est le présent ;
Considère-le : dans quelle folie il se passe !
La vie est gaspillée, tantôt pour la bourse, tantôt pour la coupe ;
A chacun de nos souffles, nous la perdons.
La mort emmène les êtres, un par un,
Et la crainte qu’elle inspire fait pâlir le sage.
La mort reste debout, dans le chemin, à l’affût,
Tandis que le seigneur sort se promener à la campagne.
La mort est plus proche de nous que notre conscience :
La conscience insouciante, dans quelles régions erre-t-elle ?
Ne nourris pas ton corps : le corps est une victime à immoler ;
Nourris ton coeur : le coeur s’élève vers les hauteurs.
Donne moins de mets choisis à cette charogne,
Car celui qui nourrit son corps se déshonore.
Donne à ton esprit des aliments délicieux, par la sagesse
Afin qu’il devienne fort, car c’est là-bas qu’il s’en va…

Podcast et intermède musical: Nourris ton coeur

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