Pourquoi l’âme ne se tient-elle pas au seuil du Bien-Aimé ?

L’ode que j’ai choisi aujourd’hui de vous partager nous interroge sur la confiance perdue face à l’Amour infini du Bien-Aimé. Pourquoi l’âme ne se tient-elle pas au seuil du Bien-Aimé ? Pourquoi douter et se faire du soucis quant à l’avenir du monde ? L’amour serait-il donc incapable de faire un choix ?
Troublant de beauté et d’actualité….

Je connais ce monde : il n’exécute pas ses promesses.
Dans le monde entier ne se trouve pas un seul confident.
Ne contemple pas ce disque doré dans les hauteurs du ciel :
Il n’a rien à l’intérieur, pas même une natte de paille !
Tant d’imbéciles se hâtent vers le piège de ce monde
A l’instar d’aveugles qui n’ont pas de bâton à la main !
Ils se font du souci pour ce monde, c’est pour lui qu’ils tremblent.
Etrange déraison qui n’a point de remède !
Il fait croire à sa beauté parce qu’elle reste voilée :
En réalité, c’est une vieille femme, laide et sans aucun attrait.
Quiconque se soumet à ses sorcelleries est pareil au serpent,
Sans pieds, sans mains, sans intelligence et sans religion.
Celui-ci donne sa vie pour ce monde quand, par malheur,
Il n’a pas trouvé vers le Bien-Aimé un chemin salvifique.
Quel est ce cuivre plein de scories, qui oublie sa nature de cuivre,
Et s’imagine qu’il n’est point pour lui de pierre philosophale ?
A cause d’une vague image, on devient soi-même illusion,
On n’a que douleur, peine et souffrance.
Pourquoi l’âme ne se tient-elle pas au seuil du Bien-Aimé ?
L’amour serait-il donc incapable de faire un choix ?
Combien de rois ont par amour conquis cent royaumes :
Une souveraineté telle qu’elle n’aura pas de fin.
Quelle faute cet amour a-t-il commis envers toi
Que tu le nies et dises qu’il est sans générosité ?
Une seule difficulté t’a fait reculer ;
Quel chemin as-tu vu qui ne comporte point de risques ?
Reste silencieux, car on fait pleuvoir sur les amoureux
Des perles si précieuses qu’elles n’ont pas de prix.

Podcast et intermède musical: Pourquoi l’âme ne se tient-elle pas au seuil du Bien-Aimé ?

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Loin de vous

Dans l’ode mystique No 138, Rûmî nous relate la souffrance de la séparation d’avec le Bien-Aimé. Il nous dit aussi combien il serait douloureux de pouvoir vivre sereinement loin de LUI, notre Bien-Aimé. Les rameaux du jardin de la joie, nous dit-il, qui sont vivaces et verdoyants, qu’ils soient desséchés, loin de vous !

Que notre visage ne soit que pâleur, loin de vous ;
Qu’au fond de la mer du coeur ne se trouve pas de perle, loin de vous !
Les rameaux du jardin de la joie, qui sont vivaces et verdoyants,
Qu’ils soient desséchés, loin de vous, et qu’ils se fanent, loin de vous.
Ce phénix du coeur, habitué à vivre dans votre ombre,
Qu’il ne soit pas dans les flammes du feu, loin de vous.
J’ai vu l’âme souffrante et lui ai dit : “Es-tu heureuse ?
Ah ! dis-moi pourquoi n’y a-t-il pas de fruits ? Que les fruits ne mûrissent pas
loin de vous !”
L’âme a détourné de moi son visage, elle a contemplé sa propre image,
Elle a dit :”Que ma dure peine ne soit pas adoucie loin de vous !”
Puisque vous-même, et tous les êtres, sont comme ces figures sculptées
par Âzar,
Qu’Âzar lui-même et ce qu’il crée ne restent pas loin de vous.
Nous donnons à boire au coeur, gorgée par gorgée, avec la coupe pleine de feu ;
Que ce coeur ne boive pas le sorbet du Kawthar loin de vous.
Cent mille âmes se sont sacrifiées pour le vin du jour prééternel.
L’intelligence dit :”Que ce vin ne m’enivre pas, loin de vous !”
Les deux villages, c’est-à-dire, les deux existences d’ici-bas et d’au-delà, ont été magnifiés par ton parfum :
Que dans ces deux villages, cet humble serviteur ne soit pas maître, loin de vous.
L’oeil de l’observateur est rempli de lumière parce qu’il t’a vu ;
Que ces deux yeux ne soient pas inondés de lumière loin de vous.
Et si, lorsque nous sommes loin de vous, chacun de nos cheveux devenaient un Sandjar ou un Khosraw,
Que Khosraw, roi des rois, ou Sandjar, n’existent pas loin de vous.
Tant que la séparation d’avec Shams de Tabrîz nous blesse comme le sabre,
Que les bouquets de fleurs soient pareils à des sabres, loin de vous.

Podcast et intermède musical: Loin de vous

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Le moment de l’union

Dans cet ode No 207, Rûmî nous rappelle combien est important le moment de l’union au Bien-Aimé. Par différents exemples il nous invite à entrer dans la compréhension profonde de “Lui”, le Bien-Aimé. Il nous invite à vivre humblement l’état d’union avec Lui, à nous détacher des désirs de ce monde éphémère à accueillir simplement l’instant présent hors du temps ! Que de délice pour l’âme le moment de l’union !

O Toi réconfort de mon âme au temps de la douleur,
O Toi, trésor de mon esprit dans l’amertume du besoin !
Ce que l’imagination n’a pas conçu, ce que la raison et l’entendement n’ont pas perçus
Sont venus de Toi à mon âme, c’est pourquoi je me tourne vers Toi, T’adorant.
Par ta grâce, je garde mon regard amoureux fixé sur l’éternité.
O roi, comment pourrait me leurrer la pompe éphémère ?
La voix mélodieuse de celui qui m’apporte des nouvelles de Toi
Ne serait-ce qu’en rêve, m’est plus douce que les chants.
Dans les prosternations de la prière, la pensée de Toi, ô Seigneur,
Est pour moi aussi nécessaire que réciter “les Sept versets réitérés”.
A toi appartiennent la pitié et l’intercession pour le péché des impies.
Tu es mon seigneur et le maître de ceux qui ont un coeur de pierre.
Une générosité éternelle m’offrirait-elle des royaumes,
Un trésor caché se répandrait-il tout entier devant moi,
Je me prosternerais de toute mon âme, je poserais ma face dans la poussière,
Je dirais : “Entre toutes ces choses, l’amour d’un seul me suffit !”
Pour moi, la vie éternelle est le moment de l’union,
Car pour moi ce moment est en dehors du temps.
La vie est pareille au vase, l’union est la liqueur pure qu’il contient.
A quoi bon, sans toi, conserver ce vase ?
Auparavant, j’avais vingt mille désirs :
Dans ma passion pour Lui, aucun désir n’est demeuré.
Je suis devenu en sécurité, avec l’aide de sa grâce, car
Le roi invisible m’a dit : “Tu ne me vois pas”.
C’est la signification essentielle de “Lui” qui a rempli mon coeur et mon âme !
L’union avec Lui a pénétré mon âme, mais mon corps l’a ignoré.
Bien qu’incorporel, Il est devenu pour moi visible.
Le chagrin pour lui m’a vieilli, mais quand tu nommes Tabriz,
C’est toute ma jeunesse qui revient à moi.

Podcast et intermède musical: Le moment de l’union

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Les grâces de l’amour

A travers ces quelques quatrains, ce sont les grâces de l’amour que nous livre Rûmî tel un hymne. Ses paroles au goût suave éveillent et nourrissent l’amoureux. Comment nos coeurs  pourraient-ils rester un seul instant indifférents à cet hymne ?

 A chaque instant, ô ma lune, tu me réclames auprès de toi
Tu m’interroges sur mon état, et tu le connais toi-même.
Tu es comme un cyprès qui marche et la parole pour toi est comme le vent
Je parle, et toi, tu agites la tête, distraitement.

O amour qui es-tu ? Toutes choses t’appartiennent.
Tu es l’union, et tous sont séparés de toi.
Tu restes dans la maison, et tous sont tes gardiens.
Tu es la mère, et tous sont tes enfants.

Ne considère pas cet homme qui a maintes connaissances
Considère sa fidélité, comment sont sa fidélité et sa soumission.
S’il peut être fidèle à ses engagements
L’homme vaut mieux que tous les attributs que tu peux lui conférer.

Dans mon coeur et en dehors de mon coeur, il n’y a que Lui
Dans mon corps, la vie, la veine et le sang ne sont que Lui.
Comment seraient ici possibles l’incroyance et la foi ?
Nul doute s’est dans mon être, puisque tout est Lui.

L’amour est venu et a brisé mon repentir
Comme du verre. Qui peut le raccommoder ?
S’il y a un raccommodeur, c’est aussi l’amour:
Il n’est pas possible de fuir la brisure et la réparation.

Podcast et intermède musical: Les grâces de l’amour

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Le jeûne

Le jeûne est une, parmi les voies qui mènent à Dieu, pour nous rappeler combien grande est Sa générosité. Combien belle Sa beauté et combien illimité Son amour.
Je vous fais part de quelques quatrains de Rûmî pour nourrir nos coeurs.

Dans la roseraie je sens le parfum de tes lèvres
Je vois ta couleur dans
la tulipe et le jasmin.
S’il n’en n’était pas ainsi, j’ouvrirais mes lèvres
Afin qu’elles disent ton nom, et que je l’écoute.

Garde ce jeûne comme une corbeille
Afin que ce jeûne pour toi demande à Dieu.
L’eau de la vie rafraichit la brûlure du coeur,
Ce jeûne est comme un aiguière, ne la brise pas !

O chandelle on dirait que tu as la coutume des soufis
Car tu as six attributs des gens de la pureté :
La veille nocturne, le rayonnement du visage, la pâleur,
La brûlure du coeur, les larmes des yeux et l’éveil.

Je suis la montagne : mon écho est la voix du Bien-Aimé
Je suis une peinture : mon peintre est mon Bien-Aimé
Je suis comme une serrure dont le bruit vient de la clé :
Tu crois que est ma parole quand une parole est prononcée.

Je le nomme tantôt le vin, tantôt la coupe
Tantôt l’or pur, tantôt l’argent brut
Tantôt l’appât, tantôt le gibier, tantôt le piège :
Pourquoi donc tout cela ? Pour ne pas dire son nom..

Podcast et intermède musical: Le Jeûne

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