Comment la créature saurait-elle ce dont elle est capable

Comment la créature saurait-elle ce dont elle est capable si elle n’était pas mise à l’épreuve ? Nous en faisons tous l’expérience en ce moment. La crise sanitaire qui touche tous les continents, tous les peuples, invite chacun à se remettre en question, chacun à méditer sur son mode de fonctionnement, ses croyances, ses priorités, ses peurs, ses valeurs….Seule une mise à l’épreuve si profonde peut révéler à l’être ce dont il est capable.
Pour alimenter votre méditation, voici quelques quatrains tirés du Rûbâi’yât de Rûmî

Sans moi, des paroles sortent de mes lèvres.
Je suis sans nouvelles de celui qui parle :
Le poison et le sucre sont ce que je désre :
Comment la créature saurait-elle ce dont elle est cap
able ?

Il faut avoir un état particulier au tréfonds de l’âme
Ecouter des histoires ne suffit pas à résoudre ce problème
Un ruisseau d’eau à l’intérieur de la maison,
Vaut mieux que le fleuve qui coule au-dehors.

O mon bien-aimé, par Dieu, tu es l’âme de mon âme
Quand te parviendra mon message, tu le liras.
Ne le déchire pas d’étonnement
Car tu connais l’état de mon coeur bouleversé.

O toi qui as échangé contre du pain la perle de ta foi,
Toi qui as donné une mine d’or contre une graine sans valeur,
Comme Nemrod n’a pas offert son coeur à Abraham
Finalement il a dû sacrifier sa vie à un moucheron.

Si tu lis une seule page de notre livre,
Tu deviendras émerveillé : et quel émerveillement !
Si tu assistes un seul instant à la leçon du coeur,
Tu peux attirer les maîtres vers ton propre enseignement.

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Qu’elle est grande la grandeur divine

Rûmî nous parle à travers cet ode 92, de l’état d’union au Bien-Aimé. Quelle est grande, la grandeur divine ! Il nous parle de cet état d’anéantissement en Lui, Il n’y a ici plus de séparation, plus de Lui et de toi, Il n’y a que ravissement ! Merveille des merveilles.

Merveilleux jardin, merveilleux jardin qui s’épanouit sur les hauteurs !
Merveilleuse incarnation de la puissance divine, pleine lune merveilleuse, que Dieu le bénisse et le glorifie !
Merveilleuse gloire de Dieu !  Merveilleuse lumière, merveilleux tumulte et fièvre,
Merveilleuses perles dispersées, merveilleuse sauvegarde, merveilleuse amitié !
Merveilleuse royauté, merveilleuse richesse, merveilleuse parole, merveilleux état d’âme,
Plume merveilleuse, aile merveilleuse aux cieux des Théophanies !
Il brise les chaines comme l’âme par son audacité.
Que ce soit Dhu-n-Nûn ou Madjnûn, Leylî ou Leylâ.
Les étendards de Dieu sont apparus de derrière les monts.
Que ce soit le sultan ou l’empereur de Chine, le gouverneur ou le noble.
Qu’est-il arrivé à l’âme, qu’elle ait rejeté au loin le monde ?
Coupe la tête de celui qui dit : “Console-toi !”
Puisque Dieu a créé le monde sans intermédiaire,

Qu’importent carillons et lois, compliments et saluts !
Que tu sois une parcelle de terre ou l’Esprit loyal,
Quand tu vois cet état dit : “Qu’elle est grande, la grandeur divine !”
Si les cieux n’existaient pas, on ne se lamenterait pas de Dieu,
Il n’existerait point de coeur affligé : ne pousse pas de cris, ni de lamentations.
Tais-toi, tais-toi, ne vante pas tes marchandises.
Tu es le vin inconscient : purifie-toi un instant.
Tu es l’étoffe de coton et le blanchisseur, le raisin et celui qui le foule,
Presse le raisin et tords l’étoffe, mais ne salis pas tes mains.
Garde le silence, garde le silence dans cette assemblée des bons à rien  !
Ne parle pas ouvertement, ne parle pas ouvertement, ni du Seigneur ni de son
serviteur.

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Pourquoi l’âme ne se tient-elle pas au seuil du Bien-Aimé ?

L’ode que j’ai choisi aujourd’hui de vous partager nous interroge sur la confiance perdue face à l’Amour infini du Bien-Aimé. Pourquoi l’âme ne se tient-elle pas au seuil du Bien-Aimé ? Pourquoi douter et se faire du soucis quant à l’avenir du monde ? L’amour serait-il donc incapable de faire un choix ?
Troublant de beauté et d’actualité….

Je connais ce monde : il n’exécute pas ses promesses.
Dans le monde entier ne se trouve pas un seul confident.
Ne contemple pas ce disque doré dans les hauteurs du ciel :
Il n’a rien à l’intérieur, pas même une natte de paille !
Tant d’imbéciles se hâtent vers le piège de ce monde
A l’instar d’aveugles qui n’ont pas de bâton à la main !
Ils se font du souci pour ce monde, c’est pour lui qu’ils tremblent.
Etrange déraison qui n’a point de remède !
Il fait croire à sa beauté parce qu’elle reste voilée :
En réalité, c’est une vieille femme, laide et sans aucun attrait.
Quiconque se soumet à ses sorcelleries est pareil au serpent,
Sans pieds, sans mains, sans intelligence et sans religion.
Celui-ci donne sa vie pour ce monde quand, par malheur,
Il n’a pas trouvé vers le Bien-Aimé un chemin salvifique.
Quel est ce cuivre plein de scories, qui oublie sa nature de cuivre,
Et s’imagine qu’il n’est point pour lui de pierre philosophale ?
A cause d’une vague image, on devient soi-même illusion,
On n’a que douleur, peine et souffrance.
Pourquoi l’âme ne se tient-elle pas au seuil du Bien-Aimé ?
L’amour serait-il donc incapable de faire un choix ?
Combien de rois ont par amour conquis cent royaumes :
Une souveraineté telle qu’elle n’aura pas de fin.
Quelle faute cet amour a-t-il commis envers toi
Que tu le nies et dises qu’il est sans générosité ?
Une seule difficulté t’a fait reculer ;
Quel chemin as-tu vu qui ne comporte point de risques ?
Reste silencieux, car on fait pleuvoir sur les amoureux
Des perles si précieuses qu’elles n’ont pas de prix.

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Loin de vous

Dans l’ode mystique No 138, Rûmî nous relate la souffrance de la séparation d’avec le Bien-Aimé. Il nous dit aussi combien il serait douloureux de pouvoir vivre sereinement loin de LUI, notre Bien-Aimé. Les rameaux du jardin de la joie, nous dit-il, qui sont vivaces et verdoyants, qu’ils soient desséchés, loin de vous !

Que notre visage ne soit que pâleur, loin de vous ;
Qu’au fond de la mer du coeur ne se trouve pas de perle, loin de vous !
Les rameaux du jardin de la joie, qui sont vivaces et verdoyants,
Qu’ils soient desséchés, loin de vous, et qu’ils se fanent, loin de vous.
Ce phénix du coeur, habitué à vivre dans votre ombre,
Qu’il ne soit pas dans les flammes du feu, loin de vous.
J’ai vu l’âme souffrante et lui ai dit : “Es-tu heureuse ?
Ah ! dis-moi pourquoi n’y a-t-il pas de fruits ? Que les fruits ne mûrissent pas
loin de vous !”
L’âme a détourné de moi son visage, elle a contemplé sa propre image,
Elle a dit :”Que ma dure peine ne soit pas adoucie loin de vous !”
Puisque vous-même, et tous les êtres, sont comme ces figures sculptées
par Âzar,
Qu’Âzar lui-même et ce qu’il crée ne restent pas loin de vous.
Nous donnons à boire au coeur, gorgée par gorgée, avec la coupe pleine de feu ;
Que ce coeur ne boive pas le sorbet du Kawthar loin de vous.
Cent mille âmes se sont sacrifiées pour le vin du jour prééternel.
L’intelligence dit :”Que ce vin ne m’enivre pas, loin de vous !”
Les deux villages, c’est-à-dire, les deux existences d’ici-bas et d’au-delà, ont été magnifiés par ton parfum :
Que dans ces deux villages, cet humble serviteur ne soit pas maître, loin de vous.
L’oeil de l’observateur est rempli de lumière parce qu’il t’a vu ;
Que ces deux yeux ne soient pas inondés de lumière loin de vous.
Et si, lorsque nous sommes loin de vous, chacun de nos cheveux devenaient un Sandjar ou un Khosraw,
Que Khosraw, roi des rois, ou Sandjar, n’existent pas loin de vous.
Tant que la séparation d’avec Shams de Tabrîz nous blesse comme le sabre,
Que les bouquets de fleurs soient pareils à des sabres, loin de vous.

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Le moment de l’union

Dans cet ode No 207, Rûmî nous rappelle combien est important le moment de l’union au Bien-Aimé. Par différents exemples il nous invite à entrer dans la compréhension profonde de “Lui”, le Bien-Aimé. Il nous invite à vivre humblement l’état d’union avec Lui, à nous détacher des désirs de ce monde éphémère à accueillir simplement l’instant présent hors du temps ! Que de délice pour l’âme le moment de l’union !

O Toi réconfort de mon âme au temps de la douleur,
O Toi, trésor de mon esprit dans l’amertume du besoin !
Ce que l’imagination n’a pas conçu, ce que la raison et l’entendement n’ont pas perçus
Sont venus de Toi à mon âme, c’est pourquoi je me tourne vers Toi, T’adorant.
Par ta grâce, je garde mon regard amoureux fixé sur l’éternité.
O roi, comment pourrait me leurrer la pompe éphémère ?
La voix mélodieuse de celui qui m’apporte des nouvelles de Toi
Ne serait-ce qu’en rêve, m’est plus douce que les chants.
Dans les prosternations de la prière, la pensée de Toi, ô Seigneur,
Est pour moi aussi nécessaire que réciter “les Sept versets réitérés”.
A toi appartiennent la pitié et l’intercession pour le péché des impies.
Tu es mon seigneur et le maître de ceux qui ont un coeur de pierre.
Une générosité éternelle m’offrirait-elle des royaumes,
Un trésor caché se répandrait-il tout entier devant moi,
Je me prosternerais de toute mon âme, je poserais ma face dans la poussière,
Je dirais : “Entre toutes ces choses, l’amour d’un seul me suffit !”
Pour moi, la vie éternelle est le moment de l’union,
Car pour moi ce moment est en dehors du temps.
La vie est pareille au vase, l’union est la liqueur pure qu’il contient.
A quoi bon, sans toi, conserver ce vase ?
Auparavant, j’avais vingt mille désirs :
Dans ma passion pour Lui, aucun désir n’est demeuré.
Je suis devenu en sécurité, avec l’aide de sa grâce, car
Le roi invisible m’a dit : “Tu ne me vois pas”.
C’est la signification essentielle de “Lui” qui a rempli mon coeur et mon âme !
L’union avec Lui a pénétré mon âme, mais mon corps l’a ignoré.
Bien qu’incorporel, Il est devenu pour moi visible.
Le chagrin pour lui m’a vieilli, mais quand tu nommes Tabriz,
C’est toute ma jeunesse qui revient à moi.

Podcast et intermède musical: Le moment de l’union

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