Le secret de l’âme

Voici la suite du récit de l’Ode 27, au sujet de l’émir qui fut touché par la flèche de l’amour. Rûmî nous le dit en ces mots:

 Il gémit d’amour pour une Âïcha, disant: « Mes yeux sont aveuglés de larmes ».
Nous sommes devenus anéantis après votre départ. Hélas pour nous qui sommes restés!
La haine, c’est votre perte, revenez vers nous de bon gré.
La raison en vous est un gage. Existe-t-il un écho qui guérisse la tristesse?
Le coeur est affligé par vous au milieu des feux de l’éloignement.
O seigneur rempli de puissance! Voici ton pouvoir détruit par le destin.
C’est parce que tu as brisé beaucoup de coeurs que tu fus ainsi châtié.
Considère comme des grâces divines les maux que t’a causés l’amour.
L’amour éphémère est l’une des voies qui aboutit à l’amour divin.
Celui qui fait la guerre pour Dieu place dans la main de son fils un sabre de bois,
Afin qu’il en acquière la maîtrise et puisse ensuite brandir le sabre des combats.
L’amour pour un être humain est comme le sabre en bois,
Il aboutit enfin à l’amour de Dieu après avoir passé par des épreuves.
Au début Zulaikhâ aima Joseph pendant des années;
A la fin, cet amour devint l’amour divin, et elle se détourna de Joseph.
[…] « L’amour de Dieu est la cause de bien des retournements semblables.
Il fait du cherché le chercheur, il fait du vaincu le vainqueur,
De maint orant, Dieu, dans sa miséricorde, a fait la qibla de la prière »
[…] L’amour nous a enflammés, pourquoi nous as-tu abandonnés?
O émir qui fait naître la prospérité sous tes pas, j’étais parti, maintenant je reviens,
Afin de pouvoir, à présent, exposer ton cas ouvertement.
Que peut une faible clarté lunaire, sinon faire deviner une parcelle de soleil
Ou une goutte de l’océan de cette histoire infinie?
Quand une goutte t’est montrée, le reste, que tu n’as pas vu, t’est connu:
Tu connais le grain et tu sais bien comment il reviendra du moulin.
Tu es une grange ancienne, plonges-y la main;
Regarde quelle sorte de blé tu es, ensuite apporte-le au moulin.
L’autre monde est comme un moulin, ce monde-ci comme la moisson.
Tu seras là-bas ce que tu étais ici, soit blé, soit haricot.
Va, abandonne ces choses, ô obstiné! Regarde cet émir qui t’attend.
Il n’est qu’à moitié prêt, il se hâte et s’écrie « Partons ! »
O émir, comment es-tu? Parle. Blessé dans ce quartier plein de dangers,
Tu es tombé dans la poussière et le sang comme les pauvres et les affligés.
Il dit: « Prenez garde, ô musulmans ! Gardez bien vos coeurs !
Mon sang est versé; prenez garde que cela ne vous arrive.
Moi, je reprochais jadis aux amoureux leur ferveur,
Avec un coeur plein d’impureté, je les injuriais.
« Malheur à tout blâmeur » pour sa mauvaise langue!
Pour celui qui use du blâme et de la calomnie, point d’autre remède que les lui faire goûter à son tour.
Dans l’amour, renonce au plaisir, laisse là grains et piège:
Nomme la pierre « or » et surnomme la tyrannie « douceur »

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