Les pensées sont des pierres

« Les pensées sont des pierres, elles encombrent l’âme » nous dit Rûmî dans cet ode mystique No 146. Pour nous libérer d’elles, il nous invite à entrer dans l’ivresse de l’amour spirituel en buvant le nectar de l’Amour de Dieu et non pas de nous enivrer du vin de ce monde ! Merveilleux poème que voici :

O échanson ! Fais-nous voir notre couleur dans la pureté du vin.
Annihile-nous, pour que ces deux mondes soient délivrés de notre honte.
Que le vent de l’ivresse, par ta grâce, nous emporte
Dans les airs, afin que notre lourdeur s’allège.
Fais chevaucher l’âme sur le coursier de l’ivresse dans la voie de l’amour,
Et que pour nous cent lieues soient comme un seul pas.
Libère notre âme avec une coupe pleine de vin.
Nos yeux, nos visages, nos coeurs, sont ensanglantés,
O échanson ! Hâte-toi ! Ne vois-tu donc pas
Nos pensées boiteuses qui courent derrière toi ?
Dans la joie, les pensées sont des pierres, elles encombrent l’âme ;
Otez de ce chemin les pierres qui barrent notre route.

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La joie de l’anéantissement

Dans cet Ode  No 863, Rûmî nous invite à vivre l’expérience de l’anéantissement, du bonheur et de la joie retrouvés ! Il nous livre ô combien il importe de mettre à l’épreuve l’anéantissement ! « O Bien-Aimé ! » dit-il,  « réconcilie-moi avec l’anéantissement ! »
Ce n’est qu’après avoir fait cette expérience que l’âme retrouve toute sa paix et sa grandeur !

Le feu a dit hier en cachette à l’oreille de la fumée :
« L’aloès ne peut me supporter, pourtant il se sent heureux avec moi ;
C’est lui qui sait m’apprécier, c’est lui qui me rend des actions de grâces.
Car l’aloès a trouvé un bienfait dans son propre anéantissement.
L’aloès était tout entier fait de noeuds, de place en place,
La joie de l’anéantissement a brisé tous ses noeuds.
O mon amie amoureuse de la flamme, sois la bienvenue » !
O toi que je martyrise et que j’anéantis, ô gloire d’entre les témoins !
Vois que le ciel et la terre sont à la merci de l’existence.
Enfuis-toi vers le néant, loin de ces deux infirmes.
Chaque âme qui fuit la pauvreté et l’anéantissement,
Oh ! chose déplorable ! s’enfuit loin du bonheur et de la joie.
Personne ne triomphe avant d’être anéanti :
O Bien-Aimé ! réconcilie-moi avec l’anéantissement !
Cette sombre poussière, avant d’être totalement anéantie
Ne peut être glorifiée, ni échapper à la stagnation.
Tant que l’embryon était l’embryon, que son état de germe n’avait pas disparu,
Il n’a trouvé ni la stature du cyprès, ni la beauté du visage.
Quand le pain et les aliments sont consumés dans l’intérieur du corps,
Ils se transforment en intelligence, en âme, en objet d’envie.
Avant que la pierre noire n’ait été entièrement anéantie,
Elle n’est devenue ni or, ni argent, ni métal des monnaies.
D’abord sont l’humilité et la servitude, puis vient la couronne du Roi des rois.
Dans la prière, on se tient debout avant de pouvoir s’asseoir.
Une vie entière, ta propre existence a été mise à l’épreuve ;
Mets une fois aussi à l’épreuve l’anéantissement.
Les fastes de l’anéantissement ne sont pas non plus un leurre ;
Partout où apparaît la fumée, cela prouve l’existence du feu.
Si l’amour n’a pas de desseins sur nous, s’il n’a pas pour nous de désir,
Quelle extravagance lui a fait ravir notre coeur et notre esprit ?
L’amour est venu nous prendre par la main,
Il nous amène à chaque aube à l’école de ceux qui « accomplissent les promesses ».
Des yeux des croyants il fait couler les larmes du repentir,
Afin qu’elles lavent le coeur de la négation et de la haine.
Tu es endormi, alors que l’eau de Khezr jaillit sur toi :
Lève-toi de ton sommeil et saisis la coupe de l’éternité.
Le reste, c’est l’amour qui te le dira, en cachette de moi.
Sois comme les compagnons de la Caverne, à la fois endormis et éveillés.

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Entre dans l’intimité de Dieu

Une fois encore Rûmî nous invite à entrer dans l’intimité de Dieu pour nous souvenir de notre véritable nature. Pour nous souvenir du Roi des roi et de ses bienfaits ! Entre dans l’intimité de Dieu avant que la mort ne vienne te surprendre ! Ne reste pas distrait par les parfums de ce monde éphémère, respire le parfum de la Roseraie de l’âme ! C’est en substance ce que nous dit l’ode mystique No 869

Le tailleur du temps n’a cousu à la taille de personne
Un vêtement sans le déchirer ensuite.
Vois tous ces gens naïfs et stupides qui, en ce monde,
Donnent à Satan, en échange de la peine,
L’or qui remplissait le pan de leur tunique.
Ces fleurs bigarrées du monde qui te paraissent exquises
Tu les respires, mais elles rendent ton visage pâle.
O toi qui prends la mort dans tes bras en lui disant : »Ma vie ! »
Rester auprès d’un cadavre ne rend-il pas l’âme et le corps froids ?
Entre dans l’intimité de Dieu, car ces images démoniaques
Au moment de la mort te rendraient désespéré et seul.
Ne t’étends pas sur cette molle couche qu’est la poussière,
Car c’est un lit provisoire : crains le moment où il te sera enlevé.
Ne jette pas en vain les dés sur ce plateau du temps ;
Prends garde à l’adversaire qui est le maître du jeu.
Ne considère pas le tourbillon de poussière du corps : vois le cavalier de l’âme caché en son sein.
Cherche du regard le cavalier au milieu des poussières.
Les visages pareils à la rose proviennent nécessairement d’une roseraie.
S’il n’existait pas de jardin de roses, d’où viendraient donc les roses ?
Quand tu vois la pommette, sache qu’il existe un pommier ;
Elle n’est qu’un modèle, elle n’est pas destinée à être croquée.
Aïe l’âme noble, car si tes intentions sont ignobles
Les soldats du Roi te chasseront comme un voleur.
Garde le silence, et parle sans paroles,
Ainsi que parlent les anges au firmament azuré.

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