La parole de l’Unité

Une fois encore, Rûmî nous rappelle que tout est UN. Que rien n’est séparé de Lui, Dieu.
Que tout provient de Lui et que tout retournera à Lui, l’heure venue. Il nous rappelle que sous les traits de la multiplicité, se cache l’Unique ! Savons-nous seulement reconnaître la parole de l’Unité dans notre quotidien ? Dans ce qui nous semble être des expériences multiples et différentes ? Sommes-nous seulement conscients que le silence vaut mieux que de vaines paroles dépourvues d’Amour et responsables de tant de difficultés ?
Voici ce que nous dit l’ode No 639

Cet ami à la tunique rouge qui vint l’an dernier, éclatant comme la lune,
Cette année-ci est venu revêtu d’un froc gris.
Ce Turc que tu avais vu alors se livrer au pillage,
C’est le même qui est venu cette année, sous les traits d’un Arabe.
L’ami est le même, bien que son vêtement ait changé :
Il a ôté son autre vêtement, et puis il est revenu.
Ce vin est le même, bien que le flacon soit nouveau :
Vois comme il est venu apporter le plaisir à ceux qui sont ivres !
O hommes ! vous pensiez que ces flambeaux étaient morts :
Ce flambeau est sorti de la demeure du secret.
Ce que je dis, ce n’est pas la métempsychose, c’est la parole de l’Unité pure,
Venue du bouillonnement des vagues de l’océan profond.
Une goutte fut séparée de cet océan inséparable.
Car Adam fut créé d’argile de poterie.
Le Byzantin s’est caché le visage quand est venu le temps des Abyssins ;
Il est revenu aujourd’hui au sein de cette puissante armée.
Si le soleil se voile au crépuscule, il n’est pas anéanti.
Cette lune éclatante est apparue dans une des maisons du Zodiaque.
Renonce aux paroles, contemple le miroir de la réalité,
Car hésitations et difficultés proviennent des paroles.

Podcast : La parole de l’Unité

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Sauve ton serviteur du naufrage du désespoir

 

Dans l’ode No 99 Rûmî implore le Bien-Aimé, Lui, le créateur de toute chose, de toute vie, en tout lieu, de poser son regard bienveillant sur les créatures.
La douleur de la séparation après la mort de Shams de Tabriz, fut telle, qu’il s’est laissé consumé par l’Amour infini du Bien-Aimé.
Sauve ton serviteur du naufrage du désespoir implore-t-il, sors de ta cachette.
Cet ode, tout entier, est une louange à l’Amour infini de Dieu en toute circonstance.
A chacun de le vivre au plus profond de son âme ! A chacun de célébrer la beauté de Son Amour en tout geste, en toute parole, en tout lieu, en toute vérité et en toute simplicité !

Le bien-aimé s’est caché à cause des querelles :
Tous sont partis, tout est désert. Sors de ta cachette.
Sauve ton serviteur du naufrage du désespoir,
Donne la joie à mon visage pâli par le souci.
J’ai transformé mon être en océan de larmes :
Pourquoi ne viens-tu pas contempler l’océan ?
Puisque tu as vu dans le miroir ton propre visage,
Où trouver une vision plus noble que celle-là?
Je me trompe : le miroir ne te contient pas,
Par ta lumière, toutes choses s’anéantissent.
Ce miroir n’a plus besoin de subir de polissage :
C’est par ton visage qu’il devient limpide et pur.
Tu es caché comme l’intelligence, et tout vient de toi,
Les ruines comme les édifices, et cela en tout lieu.
Quiconque demeure dans ta proximité,
Devant lui s’abaisse la terrasse des Pléiades.
Quel est l’état du corps, quand il est séparé de l’âme ?
Quelle excuse aurait celui qui devant toi peut rester indifférent ?
Quel secours trouverait-il chez ses amis intimes
Celui qui est resté esseulé loin de l’âme pleine de douceur ?
Tu es plus suave que le matin, pour les créatures, chaque jour.
Tu es plus délicieux que le sommeil pour ceux qui sont las, le soir.
Je t’ai vu dans mon âme, et je me suis senti délivré.
Je ne parle pas, comme les égarés, des raisons contingentes.
Puisque tu as mis le feu de l’amour dans l’univers,
Le monde est devenu tout rempli de suavité.
La lune et le soleil tirent de toi leur beauté,
L’étoile polaire et les Gémeaux tirent de toi leur être.
Si la nuit est devenue la guérison et le repos des créatures,
C’est parce que ton amour lui a donné cette quiétude des ténèbres.
Les créatures sont pareilles au phalène, le jour est comme la chandelle :
Tu l’as rendu beau par ta propre beauté.
Pour chaque phalène qui a vu ta flamme,
La nuit est devenue plus éclatante que l’aurore.
Il vole autour de la flamme de ta beauté
Jour et nuit, et n’éprouve nulle crainte.

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La mort physique et la mort mystique

La mort physique et la mort mystique est le sujet des quatrains que j’ai choisi de vous partager aujourd’hui. C’est avec subtilité et délicatesse que Rûmî nous enseigne l’art de la mort mystique, sujet majeur de toute son oeuvre. Mourir avant de mourir pour comprendre le sens de la Vie. Il a lui-même appris de son Maître, Shams de Tabriz, l’importance de ce processus. Mourir à soi-même est l’acte le plus difficile à l’homme, et pourtant ce n’est qu’en passant par cette étape qu’il parviendra à la vie éternelle.

Tant que demeure en toi quelque chose de ton existence
Ne sois pas en repos, car l’idolâtrie demeure
Supposons que tu aies brisé les idoles de ton esprit :
Cette idole dont tu as cru ton esprit libéré pourtant demeure.

Ecoute, s’il t’est possible d’écouter :
Arriver à Lui, c’est se quitter soi-même.
Silence : là-bas, c’est le monde de la vision
Pour eux, la parole n’est que regard.

O toi qui est rendu vivant par l’âme de ce monde
Honte à toi, pourquoi es-tu vivant de la sorte ?
Ne sois pas sans amour, afin de ne pas être mort
Meurs dans l’amour, pour demeurer vivant.

Si tu obéis à tes passions et tes désirs,
Sache-le, tu mourras misérable
Si tu renonces à tout cela, tu verras clairement
Pourquoi tu es venu, et où tu t’en vas.

Podcast et intermède musical: La mort physique et la mort mystique

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Le polissage de l’âme et du coeur

Le polissage de l’âme et du coeur est fondamental pour nous rappeler du Bien-Aimé !
Une des quarante Règles de l’Amour de Shams de Tabriz, nous dit ceci :

Les sages-femmes savent que lorsqu’il n’y a pas de douleurs, la voie ne peut être ouverte pour le bébé et la mère ne peut donner naissance. De même, pour qu’un nouveau Soi naisse, les difficultés sont nécessaires. Comme l’argile doit subir une chaleur intense pour durcir, l’amour ne peut être perfectionné que dans la douleur.

Rûmî, lui, dans le Rubâ’yât, nous parle du polissage du coeur et de l’âme en ces termes

Sur la mer de la pureté, notre perle est devenue pierre
Sans l’Ame et le Monde, l’âme et le monde sont devenus tristes
Le chagrin pour le Bien-Aimé est le polissage de l’âme et du coeur ;
Concerve-le au secret de toi-même, car il préserve de la rouille.

O mon coeur, le moment de la guérison est venu
Respire avec allégresse, car cet instant est arrivé
Cet Ami qui apaise les peines des amis
Est venu en ce monde sous une forme humaine.

Le jeûne est la pierre de touche des riches et des pauvres.
Ne dites pas : « Comment », car c’est là le lieu sans « comment »
C’est un jour qui naquit hors du firmament
Réjouis-toi, car le jour de l’abondance est venu.

Podcast et intermède musical: Le polissage de l’âme et du cœur

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Parle avec rectitude

Par les lignes de l’ode mystique No 117, Rûmî nous parle de l’effet qu’a eu sur son âme, sa rencontre avec Shams de Tabriz ! C’est à la suite de cette rencontre que toute sa vie fut transformée et que nous avons aujourd’hui encore l’honneur de bénéficier de ses enseignements si purs et précieux !
Même si ta conduite n’est pas droite, nous dit-il , Parle avec rectitude, car il n’existe pas d’égal au roi de l’Esprit loyal.
Puisse cet Ode avoir le même impact sur notre âme et en déraciner l’orgueil et la haine !

J’ai aperçu de loin, Shams-od-Din,
L’honneur de Tabriz et le rival des peintures de Chine,
Celui qui est l’oeil et le luminaire du ciel,
Celui qui ressuscite la terre.
Elle est devenue ce qu’elle est en réalité et davantage encore
Chaque âme qui a vu un tel être !
Il dit : »Qui donc tuerai-je avec cruauté? »
Je répondis : « Cet humble esclave ».
Nous parlions ainsi, lorsque soudain,
Il tira une flèche d’un arc invisible
Et réduit en cendres l’existence de ce serviteur.
Il déracina mon orgueil et ma haine.
Son coeur n’est pas noir comme le calice de la tulipe,
Mais la coupe de son vin a rendu ivre le jasmin.
Le but même est dans le pli de sa robe.
Sur nous il a étendu sa main.
Ce roi, quand il montre son visage à la lune,
Selle le coursier du firmament.
Même si ta conduite n’est pas droite, parle avec rectitude, car il n’existe pas
D’égal au roi de l’Esprit loyal.
Par Dieu ! Il ne le connaît point
Gabriel le saint et loyal esprit.
Quel hâl (état) ne créerait-il pas, lui qui apporte le qâl (la parole)
Au plus haut du septième ciel ?
Puisque nous l’avons regardé avec l’oeil du coeur,
Nous ne donnerions pas pour la certitude même le prix d’un grain d’orge.
En vérité, cette joie de l’union
A totalement transformé notre existence corporelle.
O toi, ménestrel de l’amour de mon Shams-od-Din !
Jure-moi sur ta vie de lui porter ce message :
« Puisque je ne puis arriver à baiser tes mains,
Je touche de mon front la poussière ».

Podcast et intermède musical: Parle avec rectitude

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