Souviens-toi

Par les lignes de cet ode mystique, Rûmî redis à notre coeur combien de fois nous nous sommes éloignés du Bien-Aimé, sans même nous en souvenir ! Souviens-toi, Il nous invite ainsi à reprendre le chemin du repentir et de la Foi, de la Grâce et du retour à Son Amour.

Tu es, de nouveau, indifférent. Souviens-toi !
Tu n’as pas accompli ta promesse. Souviens-toi !
Ne disais-tu pas : « Je serai à tes côtés jusqu’à la fin du monde ? »
A présent, c’est l’indifférence qui t’accompagne. Souviens-toi !
Au plus profond des nuits obscures
Tu m’as délaissé, tu t’es endormi. Souviens-toi !
Aux oreilles de mon rival, tu disais des paroles :
Tu m’as vu et tu me les as dissimulées. Souviens-toi !
Ne disais-tu pas : « Je serai pour ton ennemi comme une épine ? »
Avec lui tu t’es épanoui comme une rose. Souviens-toi !
J’ai saisi le pan de ta robe ; tu me l’as arraché ;
Tu as fait ainsi, et tu es parti ; souviens-toi !
Je m’adresse à toi avec de douces paroles ;
Tu me réponds durement. Souviens-toi !
Maintes fois tu es tombé, et j’ai pris ta main ;
Tu pourrais tomber une autre fois ; souviens-toi !

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Les pensées sont des pierres

« Les pensées sont des pierres, elles encombrent l’âme » nous dit Rûmî dans cet ode mystique No 146. Pour nous libérer d’elles, il nous invite à entrer dans l’ivresse de l’amour spirituel en buvant le nectar de l’Amour de Dieu et non pas de nous enivrer du vin de ce monde ! Merveilleux poème que voici :

O échanson ! Fais-nous voir notre couleur dans la pureté du vin.
Annihile-nous, pour que ces deux mondes soient délivrés de notre honte.
Que le vent de l’ivresse, par ta grâce, nous emporte
Dans les airs, afin que notre lourdeur s’allège.
Fais chevaucher l’âme sur le coursier de l’ivresse dans la voie de l’amour,
Et que pour nous cent lieues soient comme un seul pas.
Libère notre âme avec une coupe pleine de vin.
Nos yeux, nos visages, nos coeurs, sont ensanglantés,
O échanson ! Hâte-toi ! Ne vois-tu donc pas
Nos pensées boiteuses qui courent derrière toi ?
Dans la joie, les pensées sont des pierres, elles encombrent l’âme ;
Otez de ce chemin les pierres qui barrent notre route.

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La joie de l’anéantissement

Dans cet Ode  No 863, Rûmî nous invite à vivre l’expérience de l’anéantissement, du bonheur et de la joie retrouvés ! Il nous livre ô combien il importe de mettre à l’épreuve l’anéantissement ! « O Bien-Aimé ! » dit-il,  « réconcilie-moi avec l’anéantissement ! »
Ce n’est qu’après avoir fait cette expérience que l’âme retrouve toute sa paix et sa grandeur !

Le feu a dit hier en cachette à l’oreille de la fumée :
« L’aloès ne peut me supporter, pourtant il se sent heureux avec moi ;
C’est lui qui sait m’apprécier, c’est lui qui me rend des actions de grâces.
Car l’aloès a trouvé un bienfait dans son propre anéantissement.
L’aloès était tout entier fait de noeuds, de place en place,
La joie de l’anéantissement a brisé tous ses noeuds.
O mon amie amoureuse de la flamme, sois la bienvenue » !
O toi que je martyrise et que j’anéantis, ô gloire d’entre les témoins !
Vois que le ciel et la terre sont à la merci de l’existence.
Enfuis-toi vers le néant, loin de ces deux infirmes.
Chaque âme qui fuit la pauvreté et l’anéantissement,
Oh ! chose déplorable ! s’enfuit loin du bonheur et de la joie.
Personne ne triomphe avant d’être anéanti :
O Bien-Aimé ! réconcilie-moi avec l’anéantissement !
Cette sombre poussière, avant d’être totalement anéantie
Ne peut être glorifiée, ni échapper à la stagnation.
Tant que l’embryon était l’embryon, que son état de germe n’avait pas disparu,
Il n’a trouvé ni la stature du cyprès, ni la beauté du visage.
Quand le pain et les aliments sont consumés dans l’intérieur du corps,
Ils se transforment en intelligence, en âme, en objet d’envie.
Avant que la pierre noire n’ait été entièrement anéantie,
Elle n’est devenue ni or, ni argent, ni métal des monnaies.
D’abord sont l’humilité et la servitude, puis vient la couronne du Roi des rois.
Dans la prière, on se tient debout avant de pouvoir s’asseoir.
Une vie entière, ta propre existence a été mise à l’épreuve ;
Mets une fois aussi à l’épreuve l’anéantissement.
Les fastes de l’anéantissement ne sont pas non plus un leurre ;
Partout où apparaît la fumée, cela prouve l’existence du feu.
Si l’amour n’a pas de desseins sur nous, s’il n’a pas pour nous de désir,
Quelle extravagance lui a fait ravir notre coeur et notre esprit ?
L’amour est venu nous prendre par la main,
Il nous amène à chaque aube à l’école de ceux qui « accomplissent les promesses ».
Des yeux des croyants il fait couler les larmes du repentir,
Afin qu’elles lavent le coeur de la négation et de la haine.
Tu es endormi, alors que l’eau de Khezr jaillit sur toi :
Lève-toi de ton sommeil et saisis la coupe de l’éternité.
Le reste, c’est l’amour qui te le dira, en cachette de moi.
Sois comme les compagnons de la Caverne, à la fois endormis et éveillés.

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Les pensées sont comme une flamme

Par la brièveté de l’ode mystique No 93, Rûmî nous rappelle combien les pensées sont comme une flamme : dévastatrices. Il nous met en garde de ne pas les laisser survenir et dévaster la quiétude de l’âme, l’immensité de la Grande Félicité ! Il nous invite à nous livrer à l’émerveillement de ce qui est présent et à nous perdre dans l’ivresse de la Lumière divine.
C’est une invitation à nous lancer, confiants, dans la célébration de l’Amour de Dieu.
Une invitation à la Foi, une invitation à choisir de nous nourrir d’Amour et de Pure Lumière et ainsi renoncer aux miettes de cupidité, de jalousie, de violence, de notoriété, de possessions et de pouvoirs !

Ne pense pas, ne pense pas, car les pensées
Sont comme une flamme qui consume tout de fond en comble.
Perds la raison, perds la raison par l’ivresse et l’émerveillement,
Afin que toute la roselière donne naissance à des cannes à sucre.
La bravoure est folie, n’y pense pas, renonce à elle ;
Comme les lions et les hommes, renonce aux vains espoirs,
Car les pensées sont comme un piège, les gaspiller est interdit.
Pourquoi tant d’artifices pour obtenir des miettes ?
Si tu t’abstiens de nourriture, inutile de te livrer à de telles ruses.
Si l’avidité se plaint, nous resterons sourds à ses appels

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Apprends l’art du silence

A travers les Odes mystiques, Rûmî n’a de cesse de nous enseigner les choses les plus simples pour atteindre la pureté du coeur. Pour atteindre le coeur du Très-Haut !
Dans l’ode No 122 il nous invite une fois encore à nous libérer de nous-même en ces termes :  » Silence ! Apprends l’art du silence. »

J’ai vu son beau visage de Paradis,
Cet oeil, ce luminaire de la clarté,
Cette qibla et ce lieu de prosternation de l’âme,
Ce plaisir et ce refuge pleins de paix.
Mon coeur a dit : « Là, j’offre ma vie,
J’abandonne mon existence et mon orgueil ».
L’âme aussi est entrée dans le Samâ.
Elle se mit à battre des mains.
L’intelligence est venue ; elle a dit : « Moi que dirais-je
Au sujet de cette beauté et de cette joie sublimes,
Au sujet de ce parfum de la rose qui a rendu pareils aux cyprès
Les dos voûtés et courbés comme un arc ? »
Par l’amour toute chose se métamorphose […]
O âme ! Tu es parvenue jusqu’à l’âme de l’âme !
O corps ! Tu as abandonné ta nature corporelle.
Si ta foi a pour but la sécurité,
Cherche la sécurité dans la solitude de la retraite.
Qu’est-ce que la retraite ? C’est la résidence du coeur.
Fais ta demeure dans la quiétude du coeur.
C’est dans cette résidence qu’est apportée
Cette coupe éternelle de suavité.
Silence ! Apprends l’art du silence.
Cesse de te vanter de tes talents,
Car c’est le coeur qui est le lieu de la foi.
Garde dans ton coeur la qualité de croyant.

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