Mon Seigneur sait mieux

Ode troublant que nous livre Rûmî dans ce No 527 !
Troublant et pourtant, ô combien réaliste par les temps qui courent ! Alors qu’il est question de l’avenir de la planète, ces vers nous ramènent à une réalité suprême.
L’homme croit qu’il détient le pouvoir sur tout, qu’il peut agir comme bon lui semble dans tous les domaines, sans tenir compte du Maître Suprême.
« Mon Seigneur sait mieux » nous rappelle Rûmî, comme pour nous inviter à reprendre conscience de la place qui est la nôtre dans la Création !

Un souffle jailli du sein de l’amoureux suffirait à incendier le monde,
A disperser l’univers insignifiant, tel des grains de poussière.
Le Cosmos tout entier deviendrait un océan ;
Une terreur sacrée réduirait cet océan à néant.
Nul être humain ne resterait alors, et nulle créature ;
Une fumée s’élèverait du firmament ; il n’y aurait plus d’hommes, ni d’anges.
Hors de cette fumée, voici qu’une flamme soudain brillera sur la voûte céleste ;
En cet instant, le ciel se fendra, il ne restera plus d’existence, ni d’espace.
Un trouble s’élèvera du sein de l’univers, il sera mêlé de deuil.
Tantôt le feu consumera l’eau, tantôt l’eau éteindra le feu ;
Tantôt les vagues de l’océan du néant envelopperont de leur flot le coursier du jour et de la nuit.
Le soleil décroît devant l’éclat de l’âme de l’homme.
Interroge moins ceux qui ne sont pas les confidents du Secret,
Quand le confident du Secret lui-même ne peut te répondre.
Mars perdra sa bravoure, Jupiter brûlera le Livre du monde,
La Lune ne gardera pas son empire, sa joie sera ternie de chagrin.
Mercure sombrera dans la boue, Saturne s’embrasera.
Vénus, chanteuse du ciel, ne jouera plus ses mélodies joyeuses.
L’arc-en-ciel s’enfuira, et le vin, et la coupe ;
Plus de bonheur ni de plaisir, plus de blessure ni de remède ;
L’eau ne s’irisera pas, le vent ne balaiera pas la terre ;
Le jardin ne se livrera plus à la joie, le nuage d’avril ne répandra plus sa rosée.
Plus de douleur ni de consolation, plus d’ennemi ni de témoin ;
Plus de flûte ni de chant, plus de luth, ni de mode, grave ou aigu.
Les causes s’évanouiront ; l’échanson se servira lui-même.
L’âme récitera : « Mon Seigneur est le plus haut ! » Le coeur s’écriera : « Mon Seigneur sait mieux ! »
Lève-toi, car le peintre de l’éternité s’est mis à l’oeuvre une nouvelle fois,
Afin de dessiner des figures sans pareilles sur l’étoffe bigarrée du monde.
Dieu a allumé un feu pour brûler tout ce qui n’est pas la Réalité :
Le feu brûlera le coeur, brûlera le coeur de cet univers.
Le soleil de Dieu a pour coeur l’Orient ; et l’éclat de cet Orient
Rayonne à tout instant sur le fils de Adham, illumine Jésus, fils de Maryam.

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Le moment de l’union

Dans cet ode No 207, Rûmî nous rappelle combien est important le moment de l’union au Bien-Aimé. Par différents exemples il nous invite à entrer dans la compréhension profonde de « Lui », le Bien-Aimé. Il nous invite à vivre humblement l’état d’union avec Lui, à nous détacher des désirs de ce monde éphémère à accueillir simplement l’instant présent hors du temps ! Que de délice pour l’âme le moment de l’union !

O Toi réconfort de mon âme au temps de la douleur,
O Toi, trésor de mon esprit dans l’amertume du besoin !
Ce que l’imagination n’a pas conçu, ce que la raison et l’entendement n’ont pas perçus
Sont venus de Toi à mon âme, c’est pourquoi je me tourne vers Toi, T’adorant.
Par ta grâce, je garde mon regard amoureux fixé sur l’éternité.
O roi, comment pourrait me leurrer la pompe éphémère ?
La voix mélodieuse de celui qui m’apporte des nouvelles de Toi
Ne serait-ce qu’en rêve, m’est plus douce que les chants.
Dans les prosternations de la prière, la pensée de Toi, ô Seigneur,
Est pour moi aussi nécessaire que réciter « les Sept versets réitérés ».
A toi appartiennent la pitié et l’intercession pour le péché des impies.
Tu es mon seigneur et le maître de ceux qui ont un coeur de pierre.
Une générosité éternelle m’offrirait-elle des royaumes,
Un trésor caché se répandrait-il tout entier devant moi,
Je me prosternerais de toute mon âme, je poserais ma face dans la poussière,
Je dirais : « Entre toutes ces choses, l’amour d’un seul me suffit ! »
Pour moi, la vie éternelle est le moment de l’union,
Car pour moi ce moment est en dehors du temps.
La vie est pareille au vase, l’union est la liqueur pure qu’il contient.
A quoi bon, sans toi, conserver ce vase ?
Auparavant, j’avais vingt mille désirs :
Dans ma passion pour Lui, aucun désir n’est demeuré.
Je suis devenu en sécurité, avec l’aide de sa grâce, car
Le roi invisible m’a dit : « Tu ne me vois pas ».
C’est la signification essentielle de « Lui » qui a rempli mon coeur et mon âme !
L’union avec Lui a pénétré mon âme, mais mon corps l’a ignoré.
Bien qu’incorporel, Il est devenu pour moi visible.
Le chagrin pour lui m’a vieilli, mais quand tu nommes Tabriz,
C’est toute ma jeunesse qui revient à moi.

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Veux-tu sauver ta vie ?

Dans cet ode No 596, Rûmî nous pose une question fondamentale :
« Veux-tu sauver ta vie ? » La réponse est tout aussi fondamentale !
« Enfuis-toi auprès du sultan ». Autrement dit : Retourne à Dieu !
C’est une évidence, que nous venons de Lui et qu’à Lui nous retournerons, et pourtant, il est si facile de L’oublier ! Il est si vite fait de L’ignorer !
Le quotidien, la vie éphémère d’ici-bas, nous rendent inconscients, amnésiques ! La course folle à la réussite matérielle, au luxe, au pouvoir, à la notoriété nous distrait de Sa présence et nous persuade que ici, est la vie… alors que la Vie à laquelle nous sommes invités est auprès de Lui ! Puissent ces quelques vers, nous rendre le goût de son amour !

Cette beauté que son éclat même dérobe aux yeux
Rend l’âme féconde par le goût de son amour.
La raison, par nostalgie de son parfum, de la lumière de son visage,
Rit, émerveillée, et pourtant se mord les mains.
A chaque aube, son passage me remplit d’une stupeur éperdue.
Avant que l’âme ne devienne ainsi, il ne dévoile pas son visage.
Toute chose que tu aperçois, tu la vois sans en prendre conscience ;
Tant que tu es conscient, en vérité, Il ne se montre pas,
Tu ne participes pas à son souffle, et l’âme n’est pas son amie intime.
Une pensée consciente, elle non plus, n’est pas digne.
Le corps a tissé un voile, l’âme l’a emporté et brûlé,
Car avec ces deux adversaires le coeur ne peut approcher de l’amour.
Tant que deux armées étrangères se trouvent dans cette demeure,
La lutte et le combat ne donnent naissance qu’à la poussière.
Veux-tu sauver ta vie ? Enfuis-toi auprès du sultan.
Si tu bénéficies de l’antidote, le poison ne t’atteindra pas.
A l’ombre de son ombre, goûte la félicité qu’il dispense,
Afin que l’âme remplie de miséricorde se repose jusqu’à la Résurrection.
Quand les yeux deviendront voyants, grâce à ce Roi, Salâh-od-Din,
Le coeur ira vers la rectitude, l’âme se procurera un flambeau.

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O Dieu ! N’emmène personne hors d’ici

Rûmî nous a laissé un héritage merveilleux sur la conscience qu’il avait de Dieu. Sur la compréhension qu’il avait acquise de l’Unité. Sur la certitude que rien n’existe hors Lui (Dieu) . Sur le fait qu’il est indiscutable « qu’ici » en Dieu, est le seul Lieu, la Source du TOUT ! C’est un superbe hommage que cet ode No 118.

La lune a tenu sa promesse d’ici :
Jamais nous ne partirons d’ici.
Ici est le secours de la vie de l’âme,
Et les yeux tirent leur joie d’ici.
C’est ici que le pied s’est enlisé dans la boue,
Comment pourrons-nous nous échapper d’ici ?
C’est ici, je le jure par Dieu, que nous avons laissé notre coeur :
O Dieu ! N’emmène personne hors d’ici !
C’est ici que la mort ne pénètre pas.
La mort est écartée loin d’ici.
Tu t’es levé d’ici, comme le soleil,
Tes rayons m’ont illuminé, d’ici.
L’âme devient verdoyante, gaie et fraiche :
C’est d’ici qu’elle trouve l’éternité, c’est d’ici.
Retire à nouveau ton voile,
Lève-toi une nouvelle fois d’ici.
C’est ici que se trouve le vin éternel,
O échanson, verse le vin d’ici.
C’est la source de l’eau de la vie,
O porteur d’eau, remplis ton outre d’ici.
Ici les coeurs ont trouvé et des plumes et des ailes,
L’intelligence a pris son essor, d’ici.

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L’appel au secours

Combien grande fut la tristesse de Rûmî lorsque son Maître, Shams de Tabriz, disparut. Toute l’oeuvre que nous connaissons aujourd’hui est un hommage rendu à celui qui éveilla son coeur, à celui qui fit rayonner la splendeur de la Lumière divine et le rendit ivre d’Amour ! Dans l’ode de ce jour, No 854, Rûmî adresse un appel au secours à l’âme. Cet appel nous concerne tous, où que nous soyons, qui que nous soyons sans exception ! Nous sommes ici invités à une épreuve de foi !

J’ai dit : « Ne fais pas ainsi, ô mon âme ! Ce n’est pas ainsi qu’il faut agir.
Le chagrin veut s’emparer de notre vie ». Il répondit : « Ce n’est pas vrai.
Comment le chagrin aurait-il l’audace de s’attaquer à toi ?
Je le consumerai comme des brindilles, s’il ne prend pas garde.
Le chagrin éprouvera de la frayeur et de la crainte ; il nous connait bien.
Je le réduirai en cendres, bien qu’il ne soit pas de feu.
Le chagrin connaît son adversaire, et connaît aussi sa propre limite :
A l’égard de ceux qui sont obéissants, il est humble comme la terre.
Puisque tu nous appartiens, si tu pénètres dans le poison,
Comment le poison aurait-il l’audace de ne pas devenir miel ? »
Au sein de la fumée et des flammes, Abraham est joyeux.
Dieu seul connaît celui qui est ou non loyal.
Celui qui est loyal est le compagnon de l’Invisible.
Comment chaque espèce ne serait-elle pas le compagnon de son espèce ?
O toi dont la main est lumineuse comme celle du prophète Moïse,
Je désire que la main de Moïse ne reste pas cachée dans sa manche,
Car la rose de la félicité ne fleurit pas loin de ton visage.
« C’est Toi seul que nous adorons », ô mon âme ! n’existe pas sans notre appel au secours.

Podcast et intermède musical: L’appel au secours

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