L’éloquence silencieuse

Dans l’ode No 685, Rûmî nous parle de l’éloquence silencieuse, ce dialogue de coeur à coeur, sans artifice. Cet ode nous invite à porter notre attention sur les aspects sacrés, purs de la vie. Il nous enjoint à développer ce langage du coeur et laisser l’amour-propre de côté. Voici ce qu’il nous livre aujourd’hui :

Mon coeur se lamente avec le coeur de l’Ami :
Telle est l’éloquence silencieuse.
Je parle sans remuer les lèvres,
Puisque les jaloux prêtent l’oreille.
Je sais que la langue et l’oreille sont tous deux indiscrets ;
Je parle avec mon coeur, car le coeur est loyal.
Cent flammes de feu brillent dans les yeux,
Elles viennent du point le plus subtil du coeur, qui est le feu.
Le plus étrange est que, dans ce coeur enflammé,
Se trouvent tant de roses, de verdure, de jasmins.
Par ce feu, le jardin devient plus frais encore
De telle sorte que l’eau est unie à la flamme.
O mon âme, tu demeures dans la prairie,
Là, le coeur et l’intelligence glanent les épis.
Là où l’impiété et la foi n’ont pas de place,
Que viendrait faire l’amour-propre de tel ou tel ?

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Mon Seigneur sait mieux

Ode troublant que nous livre Rûmî dans ce No 527 !
Troublant et pourtant, ô combien réaliste par les temps qui courent ! Alors qu’il est question de l’avenir de la planète, ces vers nous ramènent à une réalité suprême.
L’homme croit qu’il détient le pouvoir sur tout, qu’il peut agir comme bon lui semble dans tous les domaines, sans tenir compte du Maître Suprême.
« Mon Seigneur sait mieux » nous rappelle Rûmî, comme pour nous inviter à reprendre conscience de la place qui est la nôtre dans la Création !

Un souffle jailli du sein de l’amoureux suffirait à incendier le monde,
A disperser l’univers insignifiant, tel des grains de poussière.
Le Cosmos tout entier deviendrait un océan ;
Une terreur sacrée réduirait cet océan à néant.
Nul être humain ne resterait alors, et nulle créature ;
Une fumée s’élèverait du firmament ; il n’y aurait plus d’hommes, ni d’anges.
Hors de cette fumée, voici qu’une flamme soudain brillera sur la voûte céleste ;
En cet instant, le ciel se fendra, il ne restera plus d’existence, ni d’espace.
Un trouble s’élèvera du sein de l’univers, il sera mêlé de deuil.
Tantôt le feu consumera l’eau, tantôt l’eau éteindra le feu ;
Tantôt les vagues de l’océan du néant envelopperont de leur flot le coursier du jour et de la nuit.
Le soleil décroît devant l’éclat de l’âme de l’homme.
Interroge moins ceux qui ne sont pas les confidents du Secret,
Quand le confident du Secret lui-même ne peut te répondre.
Mars perdra sa bravoure, Jupiter brûlera le Livre du monde,
La Lune ne gardera pas son empire, sa joie sera ternie de chagrin.
Mercure sombrera dans la boue, Saturne s’embrasera.
Vénus, chanteuse du ciel, ne jouera plus ses mélodies joyeuses.
L’arc-en-ciel s’enfuira, et le vin, et la coupe ;
Plus de bonheur ni de plaisir, plus de blessure ni de remède ;
L’eau ne s’irisera pas, le vent ne balaiera pas la terre ;
Le jardin ne se livrera plus à la joie, le nuage d’avril ne répandra plus sa rosée.
Plus de douleur ni de consolation, plus d’ennemi ni de témoin ;
Plus de flûte ni de chant, plus de luth, ni de mode, grave ou aigu.
Les causes s’évanouiront ; l’échanson se servira lui-même.
L’âme récitera : « Mon Seigneur est le plus haut ! » Le coeur s’écriera : « Mon Seigneur sait mieux ! »
Lève-toi, car le peintre de l’éternité s’est mis à l’oeuvre une nouvelle fois,
Afin de dessiner des figures sans pareilles sur l’étoffe bigarrée du monde.
Dieu a allumé un feu pour brûler tout ce qui n’est pas la Réalité :
Le feu brûlera le coeur, brûlera le coeur de cet univers.
Le soleil de Dieu a pour coeur l’Orient ; et l’éclat de cet Orient
Rayonne à tout instant sur le fils de Adham, illumine Jésus, fils de Maryam.

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Les grâces de l’amour

A travers ces quelques quatrains, ce sont les grâces de l’amour que nous livre Rûmî tel un hymne. Ses paroles au goût suave éveillent et nourrissent l’amoureux. Comment nos coeurs  pourraient-ils rester un seul instant indifférents à cet hymne ?

 A chaque instant, ô ma lune, tu me réclames auprès de toi
Tu m’interroges sur mon état, et tu le connais toi-même.
Tu es comme un cyprès qui marche et la parole pour toi est comme le vent
Je parle, et toi, tu agites la tête, distraitement.

O amour qui es-tu ? Toutes choses t’appartiennent.
Tu es l’union, et tous sont séparés de toi.
Tu restes dans la maison, et tous sont tes gardiens.
Tu es la mère, et tous sont tes enfants.

Ne considère pas cet homme qui a maintes connaissances
Considère sa fidélité, comment sont sa fidélité et sa soumission.
S’il peut être fidèle à ses engagements
L’homme vaut mieux que tous les attributs que tu peux lui conférer.

Dans mon coeur et en dehors de mon coeur, il n’y a que Lui
Dans mon corps, la vie, la veine et le sang ne sont que Lui.
Comment seraient ici possibles l’incroyance et la foi ?
Nul doute s’est dans mon être, puisque tout est Lui.

L’amour est venu et a brisé mon repentir
Comme du verre. Qui peut le raccommoder ?
S’il y a un raccommodeur, c’est aussi l’amour:
Il n’est pas possible de fuir la brisure et la réparation.

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Le jeûne

Le jeûne est une, parmi les voies qui mènent à Dieu, pour nous rappeler combien grande est Sa générosité. Combien belle Sa beauté et combien illimité Son amour.
Je vous fais part de quelques quatrains de Rûmî pour nourrir nos coeurs.

Dans la roseraie je sens le parfum de tes lèvres
Je vois ta couleur dans
la tulipe et le jasmin.
S’il n’en n’était pas ainsi, j’ouvrirais mes lèvres
Afin qu’elles disent ton nom, et que je l’écoute.

Garde ce jeûne comme une corbeille
Afin que ce jeûne pour toi demande à Dieu.
L’eau de la vie rafraichit la brûlure du coeur,
Ce jeûne est comme un aiguière, ne la brise pas !

O chandelle on dirait que tu as la coutume des soufis
Car tu as six attributs des gens de la pureté :
La veille nocturne, le rayonnement du visage, la pâleur,
La brûlure du coeur, les larmes des yeux et l’éveil.

Je suis la montagne : mon écho est la voix du Bien-Aimé
Je suis une peinture : mon peintre est mon Bien-Aimé
Je suis comme une serrure dont le bruit vient de la clé :
Tu crois que est ma parole quand une parole est prononcée.

Je le nomme tantôt le vin, tantôt la coupe
Tantôt l’or pur, tantôt l’argent brut
Tantôt l’appât, tantôt le gibier, tantôt le piège :
Pourquoi donc tout cela ? Pour ne pas dire son nom..

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O Dieu ! N’emmène personne hors d’ici

Rûmî nous a laissé un héritage merveilleux sur la conscience qu’il avait de Dieu. Sur la compréhension qu’il avait acquise de l’Unité. Sur la certitude que rien n’existe hors Lui (Dieu) . Sur le fait qu’il est indiscutable « qu’ici » en Dieu, est le seul Lieu, la Source du TOUT ! C’est un superbe hommage que cet ode No 118.

La lune a tenu sa promesse d’ici :
Jamais nous ne partirons d’ici.
Ici est le secours de la vie de l’âme,
Et les yeux tirent leur joie d’ici.
C’est ici que le pied s’est enlisé dans la boue,
Comment pourrons-nous nous échapper d’ici ?
C’est ici, je le jure par Dieu, que nous avons laissé notre coeur :
O Dieu ! N’emmène personne hors d’ici !
C’est ici que la mort ne pénètre pas.
La mort est écartée loin d’ici.
Tu t’es levé d’ici, comme le soleil,
Tes rayons m’ont illuminé, d’ici.
L’âme devient verdoyante, gaie et fraiche :
C’est d’ici qu’elle trouve l’éternité, c’est d’ici.
Retire à nouveau ton voile,
Lève-toi une nouvelle fois d’ici.
C’est ici que se trouve le vin éternel,
O échanson, verse le vin d’ici.
C’est la source de l’eau de la vie,
O porteur d’eau, remplis ton outre d’ici.
Ici les coeurs ont trouvé et des plumes et des ailes,
L’intelligence a pris son essor, d’ici.

Podcast et intermède musical: O Dieu ! N’emmène personne hors d’ici

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