Que font pousser les larmes des amoureux ?

Toute l’oeuvre de Rûmî nous parle des amoureux de Dieu, des épris de Son Amour. Il invite, qui veut Le suivre, à se laisser toucher dans son coeur et sa foi. Il exhorte chacun à tourner son regard vers Lui (Dieu) en toute occasion. Il parle avec amour du ciel et de la terre, du monde visible et invisible, de la joie et de la tristesse, des rires et des pleurs… Rûmî nous invite, à travers ses oeuvres, à nous désaltérer, à nous restaurer, à nous rafraichir à la Source de l’Eau de Vie Eternelle. Comprenons bien que c’est en fait de l’Oeuvre de Dieu dont il nous parle et de la nécessité de sa restauration dans nos coeurs  d’hommes ! Nous sommes en perpétuelle « réparation » dans ce monde !
Dans l’ode No 297 deux questions nous sont adressées :
Que font pousser les larmes du ciel ? et : Que font pousser les larmes des amoureux ?
Puissions-nous mêler nos larmes aux larmes du ciel  et retrouver ainsi la Joie de l’Union.

O toi pour qui le ciel, dans son chagrin,
Toute la nuit verse des larmes brûlantes, s’écriant : ô mon Dieu !

Si le ciel ainsi pleure et sourit,
C’est souvent à cause de l’attrait de la terre.
A force de tant pleurer sur la terre,
Celle-ci est devenue embaumée grâce à ses larmes.
C’est par les pleurs du ciel que naissent 
Cent jardins aux sourires éclatants.
Hier soir, c’était moi et le ciel qui pleuraient :
Lui et moi, nous avons la même foi.
Que font pousser les larmes du ciel ?
Les fleurs, les fraiches violettes.
Que font pousser les larmes des amoureux ?
Cent soleils dans le coeur même du Bien-Aimé.
Ces larmes du nuage et ce sourire de la terre
Ont été faits pour toi et pour moi.
Nos larmes et notre sourire
Servent à un certain dessein.
Garde le silence, contemple de loin
Ceux qui recherchent le monde : toi ne le cherche pas.

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Sauve ton serviteur du naufrage du désespoir

 

Dans l’ode No 99 Rûmî implore le Bien-Aimé, Lui, le créateur de toute chose, de toute vie, en tout lieu, de poser son regard bienveillant sur les créatures.
La douleur de la séparation après la mort de Shams de Tabriz, fut telle, qu’il s’est laissé consumé par l’Amour infini du Bien-Aimé.
Sauve ton serviteur du naufrage du désespoir implore-t-il, sors de ta cachette.
Cet ode, tout entier, est une louange à l’Amour infini de Dieu en toute circonstance.
A chacun de le vivre au plus profond de son âme ! A chacun de célébrer la beauté de Son Amour en tout geste, en toute parole, en tout lieu, en toute vérité et en toute simplicité !

Le bien-aimé s’est caché à cause des querelles :
Tous sont partis, tout est désert. Sors de ta cachette.
Sauve ton serviteur du naufrage du désespoir,
Donne la joie à mon visage pâli par le souci.
J’ai transformé mon être en océan de larmes :
Pourquoi ne viens-tu pas contempler l’océan ?
Puisque tu as vu dans le miroir ton propre visage,
Où trouver une vision plus noble que celle-là?
Je me trompe : le miroir ne te contient pas,
Par ta lumière, toutes choses s’anéantissent.
Ce miroir n’a plus besoin de subir de polissage :
C’est par ton visage qu’il devient limpide et pur.
Tu es caché comme l’intelligence, et tout vient de toi,
Les ruines comme les édifices, et cela en tout lieu.
Quiconque demeure dans ta proximité,
Devant lui s’abaisse la terrasse des Pléiades.
Quel est l’état du corps, quand il est séparé de l’âme ?
Quelle excuse aurait celui qui devant toi peut rester indifférent ?
Quel secours trouverait-il chez ses amis intimes
Celui qui est resté esseulé loin de l’âme pleine de douceur ?
Tu es plus suave que le matin, pour les créatures, chaque jour.
Tu es plus délicieux que le sommeil pour ceux qui sont las, le soir.
Je t’ai vu dans mon âme, et je me suis senti délivré.
Je ne parle pas, comme les égarés, des raisons contingentes.
Puisque tu as mis le feu de l’amour dans l’univers,
Le monde est devenu tout rempli de suavité.
La lune et le soleil tirent de toi leur beauté,
L’étoile polaire et les Gémeaux tirent de toi leur être.
Si la nuit est devenue la guérison et le repos des créatures,
C’est parce que ton amour lui a donné cette quiétude des ténèbres.
Les créatures sont pareilles au phalène, le jour est comme la chandelle :
Tu l’as rendu beau par ta propre beauté.
Pour chaque phalène qui a vu ta flamme,
La nuit est devenue plus éclatante que l’aurore.
Il vole autour de la flamme de ta beauté
Jour et nuit, et n’éprouve nulle crainte.

Podcast et intermède musical: Sauve ton serviteur du naufrage du désespoir

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Souviens-toi

Par les lignes de cet ode mystique, Rûmî redis à notre coeur combien de fois nous nous sommes éloignés du Bien-Aimé, sans même nous en souvenir ! Souviens-toi, Il nous invite ainsi à reprendre le chemin du repentir et de la Foi, de la Grâce et du retour à Son Amour.

Tu es, de nouveau, indifférent. Souviens-toi !
Tu n’as pas accompli ta promesse. Souviens-toi !
Ne disais-tu pas : « Je serai à tes côtés jusqu’à la fin du monde ? »
A présent, c’est l’indifférence qui t’accompagne. Souviens-toi !
Au plus profond des nuits obscures
Tu m’as délaissé, tu t’es endormi. Souviens-toi !
Aux oreilles de mon rival, tu disais des paroles :
Tu m’as vu et tu me les as dissimulées. Souviens-toi !
Ne disais-tu pas : « Je serai pour ton ennemi comme une épine ? »
Avec lui tu t’es épanoui comme une rose. Souviens-toi !
J’ai saisi le pan de ta robe ; tu me l’as arraché ;
Tu as fait ainsi, et tu es parti ; souviens-toi !
Je m’adresse à toi avec de douces paroles ;
Tu me réponds durement. Souviens-toi !
Maintes fois tu es tombé, et j’ai pris ta main ;
Tu pourrais tomber une autre fois ; souviens-toi !

Podcast et intermède musical: Souviens-toi

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La joie de l’anéantissement

Dans cet Ode  No 863, Rûmî nous invite à vivre l’expérience de l’anéantissement, du bonheur et de la joie retrouvés ! Il nous livre ô combien il importe de mettre à l’épreuve l’anéantissement ! « O Bien-Aimé ! » dit-il,  « réconcilie-moi avec l’anéantissement ! »
Ce n’est qu’après avoir fait cette expérience que l’âme retrouve toute sa paix et sa grandeur !

Le feu a dit hier en cachette à l’oreille de la fumée :
« L’aloès ne peut me supporter, pourtant il se sent heureux avec moi ;
C’est lui qui sait m’apprécier, c’est lui qui me rend des actions de grâces.
Car l’aloès a trouvé un bienfait dans son propre anéantissement.
L’aloès était tout entier fait de noeuds, de place en place,
La joie de l’anéantissement a brisé tous ses noeuds.
O mon amie amoureuse de la flamme, sois la bienvenue » !
O toi que je martyrise et que j’anéantis, ô gloire d’entre les témoins !
Vois que le ciel et la terre sont à la merci de l’existence.
Enfuis-toi vers le néant, loin de ces deux infirmes.
Chaque âme qui fuit la pauvreté et l’anéantissement,
Oh ! chose déplorable ! s’enfuit loin du bonheur et de la joie.
Personne ne triomphe avant d’être anéanti :
O Bien-Aimé ! réconcilie-moi avec l’anéantissement !
Cette sombre poussière, avant d’être totalement anéantie
Ne peut être glorifiée, ni échapper à la stagnation.
Tant que l’embryon était l’embryon, que son état de germe n’avait pas disparu,
Il n’a trouvé ni la stature du cyprès, ni la beauté du visage.
Quand le pain et les aliments sont consumés dans l’intérieur du corps,
Ils se transforment en intelligence, en âme, en objet d’envie.
Avant que la pierre noire n’ait été entièrement anéantie,
Elle n’est devenue ni or, ni argent, ni métal des monnaies.
D’abord sont l’humilité et la servitude, puis vient la couronne du Roi des rois.
Dans la prière, on se tient debout avant de pouvoir s’asseoir.
Une vie entière, ta propre existence a été mise à l’épreuve ;
Mets une fois aussi à l’épreuve l’anéantissement.
Les fastes de l’anéantissement ne sont pas non plus un leurre ;
Partout où apparaît la fumée, cela prouve l’existence du feu.
Si l’amour n’a pas de desseins sur nous, s’il n’a pas pour nous de désir,
Quelle extravagance lui a fait ravir notre coeur et notre esprit ?
L’amour est venu nous prendre par la main,
Il nous amène à chaque aube à l’école de ceux qui « accomplissent les promesses ».
Des yeux des croyants il fait couler les larmes du repentir,
Afin qu’elles lavent le coeur de la négation et de la haine.
Tu es endormi, alors que l’eau de Khezr jaillit sur toi :
Lève-toi de ton sommeil et saisis la coupe de l’éternité.
Le reste, c’est l’amour qui te le dira, en cachette de moi.
Sois comme les compagnons de la Caverne, à la fois endormis et éveillés.

Podcast et intermède musical: La joie de l’anéantissement

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Le polissage de l’âme et du coeur

Le polissage de l’âme et du coeur est fondamental pour nous rappeler du Bien-Aimé !
Une des quarante Règles de l’Amour de Shams de Tabriz, nous dit ceci :

Les sages-femmes savent que lorsqu’il n’y a pas de douleurs, la voie ne peut être ouverte pour le bébé et la mère ne peut donner naissance. De même, pour qu’un nouveau Soi naisse, les difficultés sont nécessaires. Comme l’argile doit subir une chaleur intense pour durcir, l’amour ne peut être perfectionné que dans la douleur.

Rûmî, lui, dans le Rubâ’yât, nous parle du polissage du coeur et de l’âme en ces termes

Sur la mer de la pureté, notre perle est devenue pierre
Sans l’Ame et le Monde, l’âme et le monde sont devenus tristes
Le chagrin pour le Bien-Aimé est le polissage de l’âme et du coeur ;
Concerve-le au secret de toi-même, car il préserve de la rouille.

O mon coeur, le moment de la guérison est venu
Respire avec allégresse, car cet instant est arrivé
Cet Ami qui apaise les peines des amis
Est venu en ce monde sous une forme humaine.

Le jeûne est la pierre de touche des riches et des pauvres.
Ne dites pas : « Comment », car c’est là le lieu sans « comment »
C’est un jour qui naquit hors du firmament
Réjouis-toi, car le jour de l’abondance est venu.

Podcast et intermède musical: Le polissage de l’âme et du cœur

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