La joie de l’anéantissement

Dans cet Ode  No 863, Rûmî nous invite à vivre l’expérience de l’anéantissement, du bonheur et de la joie retrouvés ! Il nous livre ô combien il importe de mettre à l’épreuve l’anéantissement ! « O Bien-Aimé ! » dit-il,  « réconcilie-moi avec l’anéantissement ! »
Ce n’est qu’après avoir fait cette expérience que l’âme retrouve toute sa paix et sa grandeur !

Le feu a dit hier en cachette à l’oreille de la fumée :
« L’aloès ne peut me supporter, pourtant il se sent heureux avec moi ;
C’est lui qui sait m’apprécier, c’est lui qui me rend des actions de grâces.
Car l’aloès a trouvé un bienfait dans son propre anéantissement.
L’aloès était tout entier fait de noeuds, de place en place,
La joie de l’anéantissement a brisé tous ses noeuds.
O mon amie amoureuse de la flamme, sois la bienvenue » !
O toi que je martyrise et que j’anéantis, ô gloire d’entre les témoins !
Vois que le ciel et la terre sont à la merci de l’existence.
Enfuis-toi vers le néant, loin de ces deux infirmes.
Chaque âme qui fuit la pauvreté et l’anéantissement,
Oh ! chose déplorable ! s’enfuit loin du bonheur et de la joie.
Personne ne triomphe avant d’être anéanti :
O Bien-Aimé ! réconcilie-moi avec l’anéantissement !
Cette sombre poussière, avant d’être totalement anéantie
Ne peut être glorifiée, ni échapper à la stagnation.
Tant que l’embryon était l’embryon, que son état de germe n’avait pas disparu,
Il n’a trouvé ni la stature du cyprès, ni la beauté du visage.
Quand le pain et les aliments sont consumés dans l’intérieur du corps,
Ils se transforment en intelligence, en âme, en objet d’envie.
Avant que la pierre noire n’ait été entièrement anéantie,
Elle n’est devenue ni or, ni argent, ni métal des monnaies.
D’abord sont l’humilité et la servitude, puis vient la couronne du Roi des rois.
Dans la prière, on se tient debout avant de pouvoir s’asseoir.
Une vie entière, ta propre existence a été mise à l’épreuve ;
Mets une fois aussi à l’épreuve l’anéantissement.
Les fastes de l’anéantissement ne sont pas non plus un leurre ;
Partout où apparaît la fumée, cela prouve l’existence du feu.
Si l’amour n’a pas de desseins sur nous, s’il n’a pas pour nous de désir,
Quelle extravagance lui a fait ravir notre coeur et notre esprit ?
L’amour est venu nous prendre par la main,
Il nous amène à chaque aube à l’école de ceux qui « accomplissent les promesses ».
Des yeux des croyants il fait couler les larmes du repentir,
Afin qu’elles lavent le coeur de la négation et de la haine.
Tu es endormi, alors que l’eau de Khezr jaillit sur toi :
Lève-toi de ton sommeil et saisis la coupe de l’éternité.
Le reste, c’est l’amour qui te le dira, en cachette de moi.
Sois comme les compagnons de la Caverne, à la fois endormis et éveillés.

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Le polissage de l’âme et du coeur

Le polissage de l’âme et du coeur est fondamental pour nous rappeler du Bien-Aimé !
Une des quarante Règles de l’Amour de Shams de Tabriz, nous dit ceci :

Les sages-femmes savent que lorsqu’il n’y a pas de douleurs, la voie ne peut être ouverte pour le bébé et la mère ne peut donner naissance. De même, pour qu’un nouveau Soi naisse, les difficultés sont nécessaires. Comme l’argile doit subir une chaleur intense pour durcir, l’amour ne peut être perfectionné que dans la douleur.

Rûmî, lui, dans le Rubâ’yât, nous parle du polissage du coeur et de l’âme en ces termes

Sur la mer de la pureté, notre perle est devenue pierre
Sans l’Ame et le Monde, l’âme et le monde sont devenus tristes
Le chagrin pour le Bien-Aimé est le polissage de l’âme et du coeur ;
Concerve-le au secret de toi-même, car il préserve de la rouille.

O mon coeur, le moment de la guérison est venu
Respire avec allégresse, car cet instant est arrivé
Cet Ami qui apaise les peines des amis
Est venu en ce monde sous une forme humaine.

Le jeûne est la pierre de touche des riches et des pauvres.
Ne dites pas : « Comment », car c’est là le lieu sans « comment »
C’est un jour qui naquit hors du firmament
Réjouis-toi, car le jour de l’abondance est venu.

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L’océan de Dieu

Au travers de cet ode mystique, une fois de plus Rûmî nous invite à sortir de notre léthargie et à nous souvenir de l’océan de Dieu, cet océan d’Amour pur et de trésor enfoui !

Ode No 648

O vous qui êtes allés en pèlerinage à la Mecque, où donc êtes-vous ?
Venez, venez : c’est ici que se trouve le Bien-Aimé.
Ton Bien-Aimé est ton voisin le plus proche, seul un mur vous sépare :
Quelle idée avez-vous d’errer dans le désert ?
Si vous voyez la forme sans forme du Bien-Aimé,
Vous êtes à la fois le Seigneur, la Maison et la Ka’ba.
Dix fois par ce chemin vous êtes entrés dans cette maison :
Une seule fois sortez de cette maison, montez sur la terrasse.
La maison de Dieu est belle, vous l’avez décrite dans tous ses détails.
Montrez-nous donc un signe du Seigneur de cette maison.
Où est le bouquet que vous avez cueilli, si vous avez visité ce jardin ?
OÙ est la perle de l’âme, si vous sortez de l’océan de Dieu ?
Puissent tant de peines subies être transformées en trésor !
Hélas ! c’est vous-mêmes qui cachez votre propre trésor.

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Il n’y a que Lui

Quelques quatrains de Rûmî qui nous parlent de l’Amour et de la Beauté, qui nous disent encore et toujours qu’il n’y a que Lui, le Bien-Aimé; Lui, le Tout Pardonnant; Lui, le Clément, le Généreux, le Bienveillant : Dieu.

Crois-moi, l’amour est une action noble
S’il y a un défaut, c’est que la nature de l’esprit est mauvaise.
Tu donnes le nom d’amour à la sensualité ;
Il y a bien du chemin entre la sensualité et l’amour !

Ne considère pas cet homme qui a maintes connaissances
Considère sa fidélité, comment sont sa fidélité et sa soumission ?
S’il peut être fidèle à son engagement
L’homme vaut mieux que tous les attributs que tu peux lui conférer.

Je suis la montagne : mon écho est la voix du Bien-Aimé
Je suis une peinture : mon peintre est mon Bien-Aimé.
Je suis comme une serrure dont le bruit vient de la clé :
Tu crois que c’est ma parole quand une parole est prononcée.

Dans mon coeur, et en dehors de mon coeur, il n’y a que Lui
Dans mon corps, la vie, la veine et le sang ne sont que Lui.
Comment seraient ici possibles l’incroyance et la foi ?
Nul doute n’est dans mon être, puisque tout est Lui.

Dieu nous préserve que le coeur de l’amoureux soit affligé
Ou que sauf par l’amour, sa robe soit déchirée.
Dieu nous préserve qu’un amoureux s’endorme dans la poussière ;
Pur, où irait-il ? Sinon dans ce monde pur ?

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Laisse parler mon coeur

Dans cet ode mystique, Rûmî interroge Dieu, s’interroge, nous interroge, sur le sens de la Vie, le sens de la Présence de Dieu, le sens de notre présence en Dieu !
Qui n’est que face, qui n’a point de revers ?
Nous avons à travers cet ode, de quoi méditer et de quoi célébrer les Grâces de Dieu !

Qu’est-ce que mon coeur s’il ne T’appartient pas ?
Qu’est-ce que mon corps, s’il n’est pas anéanti par Toi ?
L’un est comme le firmament, l’autre comme la lune :
Que font-ils tous deux quand il n’y a pas de lumière ?
Dans le paradis même, au sein des délices,
Quelle torture s’il n’existe pas la vision !
Puisque c’est Toi qui excuses nos péchés et nos iniquités,
Que deviennent ces iniquités, sinon des actions pures ?
Puisque c’est Toi qui nous reproches nos fautes,
Que peuvent souhaiter d’autre le coeur et l’âme : ces fautes Te font T’adresser à nous.
Si j’enseigne le contenu de deux mille livres, ne serai-je pas las
Si je ne possède pas la pureté qui illumine le coeur ?
Aucun jasmin ne sourit, aucun arbre ne danse,
Aucune prairie n’exhale de parfum, si n’existe pas la brise.
Tu es dénudé par la pauvreté ?
La lune se soucie-t-elle de n’avoir pas de tunique ?
Quoi d’étonnant si l’ignorant est indifférent à l’amour ?
La souveraineté et la suzeraineté ne sont pas destinées à tous.
Dieu par miséricorde, appelle vers Lui tous les pécheurs
S’ils viennent avec repentir et de bonne foi.
Renonce à la vie, renonce à la lune du ciel :
Je jure par Dieu que rien n’est comme Dieu.
Que feras-tu d’une vie vouée à l’anéantissement ?
Que feras-tu d’un or qui ne t’appartiendra plus ?
Tout le jour tu dis : « Mon amie est pareille à une rose ».
Que feras-tu d’une rose qui n’a pas de lendemain ?
O mon âme ! Ne t’enfuis pas devant la peine qu’inflige le Bien-Aimé,
Car tu resterais sans maturité, si la douleur ne t’avait mûri.
Combien sont douces les nuits avec une beauté telle le disque de la lune.
Qui n’est que face, qui n’a point de revers ?
Combien est heureux le roi devenu Son esclave !
Combien est heureux un ami qui n’est pas séparé de Lui !
Garde le silence, ô mon corps ! Laisse parler mon coeur,
Car le récit du coeur est au-delà de l’individualité.

Ode mystique No 963

Podcast et intermède musical: Laisser parler mon coeur

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