Pourquoi l’âme ne se tient-elle pas au seuil du Bien-Aimé ?

L’ode que j’ai choisi aujourd’hui de vous partager nous interroge sur la confiance perdue face à l’Amour infini du Bien-Aimé. Pourquoi l’âme ne se tient-elle pas au seuil du Bien-Aimé ? Pourquoi douter et se faire du soucis quant à l’avenir du monde ? L’amour serait-il donc incapable de faire un choix ?
Troublant de beauté et d’actualité….

Je connais ce monde : il n’exécute pas ses promesses.
Dans le monde entier ne se trouve pas un seul confident.
Ne contemple pas ce disque doré dans les hauteurs du ciel :
Il n’a rien à l’intérieur, pas même une natte de paille !
Tant d’imbéciles se hâtent vers le piège de ce monde
A l’instar d’aveugles qui n’ont pas de bâton à la main !
Ils se font du souci pour ce monde, c’est pour lui qu’ils tremblent.
Etrange déraison qui n’a point de remède !
Il fait croire à sa beauté parce qu’elle reste voilée :
En réalité, c’est une vieille femme, laide et sans aucun attrait.
Quiconque se soumet à ses sorcelleries est pareil au serpent,
Sans pieds, sans mains, sans intelligence et sans religion.
Celui-ci donne sa vie pour ce monde quand, par malheur,
Il n’a pas trouvé vers le Bien-Aimé un chemin salvifique.
Quel est ce cuivre plein de scories, qui oublie sa nature de cuivre,
Et s’imagine qu’il n’est point pour lui de pierre philosophale ?
A cause d’une vague image, on devient soi-même illusion,
On n’a que douleur, peine et souffrance.
Pourquoi l’âme ne se tient-elle pas au seuil du Bien-Aimé ?
L’amour serait-il donc incapable de faire un choix ?
Combien de rois ont par amour conquis cent royaumes :
Une souveraineté telle qu’elle n’aura pas de fin.
Quelle faute cet amour a-t-il commis envers toi
Que tu le nies et dises qu’il est sans générosité ?
Une seule difficulté t’a fait reculer ;
Quel chemin as-tu vu qui ne comporte point de risques ?
Reste silencieux, car on fait pleuvoir sur les amoureux
Des perles si précieuses qu’elles n’ont pas de prix.

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Sa lumière ne laisse subsister aucun voile

Comment prendre conscience de l’importance de vivre en toute confiance dans l’union absolue en Dieu ? Que Sa lumière ne laisse subsister aucun voile ? Que la voie de l’anéantissement en Lui l’emporte même sur TOUT ?
Pour ce faire, voilà ce que Rûmî nous dit au travers de l’Ode No 131.

Je suis allé, comme Moïse, au temps du désir et de la vision,
Vers le Mont Sinaï. O ! joie ! O ! joie !
J’ai vu là un sultan, un Khosraw, qui accroît la vie,
Qui ravit les coeurs, qui ennoblit l’âme, plein de grâce et de beauté.
Le Mont Sinaï, la plaine et la campagne, par le reflet de sa lumière
Sont devenus pareils au paradis éternel, remplis d’éclat et de gloire.
Les échansons, lumineux comme l’argent, la coupe d’or à la main,
Présentaient aux yeux de notre Roi un visage semblable à la lune rayonnante.
Par Sa beauté, les visages pâlis devenaient pleins d’éclat ;
La poussière de Ses pas illuminait, tel un collyre, les yeux des amis intimes.
Le chant célébrant Son amour remplissait la terre de ferveur ;
Le désir de l’union avec Lui jetait le firmament en un tournoiement sans fin.
Quand ce Roi des rois jette un regard sur l’anéantissement,
L’anéantissement l’emporte sur la vie éternelle.
Le ménestrel, à cet endroit, confond les mélodies
Car Sa lumière ne laisse subsister aucun voile.
L’ombre de Sa grâce est unie au soleil de Sa faveur.
La coïncidence des contraires est rendue possible par la perfection de Son amour.
Quand la brise matinale a retiré le masque de Son visage,
L’image de toute chose s’est effacée et s’est anéantie,
Mais dans cet effacement, l’existence est devenue centuple.
L’existence de l’effacement et l’effacement de l’existence sont devenus apparents à mes yeux.
Dès que j’ai vu, au-delà de ce monde pareil à l’âme,
Les atomes pleins de fidélité et de pureté dans leur désir pour Lui,
Je suis devenu tellement confus devant Lui que la nécessité
A chaque instant s’impose à moi de briser le Zonnâr.
J’ai dit : « O beauté pareille à la lune, je me repens, ne repousse pas les repentirs ».
Il répondit : « Tu as bien du chemin à faire avant de voir ce qu’est le repentir ! »
Il disait vrai : je suis loin de ma beauté au visage de lune,
Comme le pèlerin égaré dans le désert plein des ronces de la mort.
La lumière de cette lune est pareille à l’étoile de Canope, la ville de Tabrîz semblable au Yémen ;
Tout cela n’est qu’images de notre Roi qui règne dans les hauteurs.

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C’est l’Eau de la Vie éternelle

Encore et toujours Rûmî nous parle et nous invite à plonger dans le fleuve de l’Amour divin. C’est l’Eau de la Vie éternelle !
Il nous décrit simplement, avec des images du quotidien, les étapes à franchir pour entrer dans ce fleuve et s’y noyer. Il nous décrit avec amour et confiance ce qui attend l’âme de l’amoureux lorsqu’il plonge enfin….
C’est l’ode No 331 que je vous confie aujourd’hui

Pour ce roi qui ne désire ni tambours, ni étendards,
Je suis devenu fou : les fous sont en dehors des lois.
Tu me vois de loin, un être falot qui marche,
Mais cet être n’est qu’imagination, il n’est que pur néant.
Avance, et deviens néant, car le néant est la source de l’âme,
Mais non pas cette âme qui n’est que chagrin et souci.
Moi sans moi, toi sans toi, plongeons dans ce fleuve ;
Sur cette terre ne sont que malheur et tyrannie.
Dans ce fleuve on se noie, on n’y perd pas la vie :
C’est l’Eau de la Vie éternelle, la grâce et la miséricorde.

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Le vin de Dieu

Dans cet Ode No 78, Rûmî nous parle des enivrés de Dieu, de ceux qui vivent dans Sa Présence, qui se nourrissent de Son Amour. Il décrit la subtilité de l’âme, Sa délicatesse. Il tente de nous faire comprendre que les soucis du quotidien ne concernent pas la réalité de l’âme. En effet, elle est bien loin des besoins du « pain quotidien », à savoir les attachements émotionnels, les préoccupations financières, les désirs de pouvoir et de notoriété ou toute autre forme de possession matérielle.
Le vin de Dieu n’est autre que Son Amour, trésor caché au plus profond du coeur de l’homme, si proche et pourtant si difficile à atteindre seul. Une fois de plus Rûmî nous guide sur ce sentier divin.

O échanson enivre le buveur avec le vin de Dieu;
Sers le vin du Seigneur au coeur embrasé.
Parle moins du pain quotidien dans l’assemblée de ceux qui sont ivres ;
L’eau seule convient à ceux qui vivent dans l’eau.
Par ton éclat et par ton ordre, tu as détruit le corps ;
O âme, orne cette ruine avec le trésor qui s’y cache.
Ton amour transforme en roseraie le désert de sel,
Ta vague fait pleuvoir des perles de l’oeil du nuage.
Donne-nous plus de vin, écarte de nos yeux le souci ;
Que sait de la nuit celui qui est endormi ?
Quiconque boit à la même coupe que l’invité divin est un ange :
Pour les hommes de bien, c’est du ciel que descend ce vin.
L’ami intime de Dieu boit du vin exquis dans ses coupes :
C’est dans l’amphore de la dévotion que se puise ce vin pur.
Comment l’homme lucide comprendrait-il l’inconscience de ceux qui sont ivres ?
Comment Abû-Djahl comprendrait-il les états mystiques des Compagnons du Prophète ?
Pour les Soufis, le maître est Dieu, sans intermédiaire ;
Pour les Sabéen et les « gens du livre », c’est le livre qui est le maître.
Puisque tu es ami de Dieu, puisque tu as dépassé les intermédiaires,
Arrache le masque du visage des beautés masquées.
Le négateur qui, par manque d’espérance, dit : « Tu ne trouveras pas »,
L’obstacle sur sa route est ce « tu ne trouveras pas ».
Il n’est ni l’aigle blanc, ni le rossignol à la voix si pure ;
La ruine de ce monde vaut mieux pour ce hibou noir comme un corbeau.
Silence, ne parle plus. N’augmente pas les discussions et les querelles,
Car c’est de l’invisible que provient le message aux âmes dignes de le recevoir.

Podcast et intermède musical: Le vin de Dieu

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Quand ton oeil s’ouvrira tu seras voyant

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