Croire à une autre dimension

Tout le soufisme se fonde sur la notion coranique du mystère. L’accent est mis sur la nécessité de croire à une autre dimension des choses, comme préparatoire à toute connaissance. Cela signifie: considérer la connaissance de soi requise à partir d’une intuition fondamentale. Ce qui importe aux soufis, c’est de retrouver l’ouverture sur une dimension qui soit au-delà de toute dualité: rejoindre la conscience profonde.
L’unité, sous-jacente à la multiplicité, en est le thème essentiel. « Tout est périssable, dit le Coran, sauf le visage de Dieu ». Toute recherche du Moi transcendantal qui est au-delà des limites spatiales et temporelles, traduit un manque, une coupure avec Le Bien-Aimé, un exil. La plainte de la flûte de roseau (Ney) qui accompagne la danse des derviches en est le messager. Le Mathnawî débute sur ces mots:
« Ecoute la flûte de roseau raconter une histoire et se lamenter de la séparation:
Depuis qu’on m’a coupée de la jonchaie, ma plainte fait gémir
l‘homme et la femme.
Je veux un coeur déchiré par la séparation pour y verser la douleur du désir.
Quiconque demeure loin de sa source aspire à l’instant où il lui sera réuni.

Le Mathnawî nous dit encore au livre III : « Tu n’es pas un seul toi, ô mon ami, en vérité, tu es le ciel et la mer profonde. Ce Toi puissant est mille fois plus grand que l’océan où se noient une centaine de toi. » 
Les états mystiques des soufis découlent de la  prise de conscience et de la connaissance de cette unité avec le Bien Aimé.
Thérapeutique psychanalytique, interprétation des rêves, phénomènes métapsychiques, transmission d’un état spirituel sont les différentes étapes que doivent franchir les chercheurs. Le maître transmet tous ces savoirs par des mots ou par la voie du coeur, en silence. Ainsi donc il est dit, dans le plus ancien traité de soufisme dû à al-Hujwiri :
« La langue de l’état spirituel est plus éloquente que ma langue, et mon silence est l’interprète de ma question ». Ainsi toute maïeutique présuppose-t-elle cet accord spirituel qui aboutit au partage d’une intériorité et que les mystiques désignent par « être de même souffle ».
Le Mathnawî nous dit aussi : « Je ne suis pas ce corps qui est visible aux regards des amants mystiques; je suis ce goût, ce plaisir qui se produisent dans le coeur du disciple à nos paroles et en entendant notre nom. Grand Dieu ! Quand tu reçois ce souffle, quand tu contemples ce goût dans ton âme, considère-le comme une proie et remercie Dieu, car moi je suis cela. » Entre le maître et le disciple s’établit, au sein de cet accord, une sorte d’osmose spirituelle. Dans l’intimité de personne à personne, le maître connaît la pensée du disciple. Au livre VI du Mathnawî nous trouvons l’interrogation du maître à son disciple en ces termes: « Comment pourras-tu reconnaître quelqu’un dans la nuit? Comment connaîtras-tu sa nature cachée ? »
Il répondit: « Je m’assieds en silence devant lui et fais de la patience une échelle pour monter plus haut. Et si dans sa présence jaillit de mon coeur un discours dépassant ce royaume de la joie et du chagrin, je sais qu’il me l’a envoyé des profondeurs d’une âme illuminée.
Le discours de mon coeur vient de là, car il y a une fenêtre entre le coeur et le coeur. »

Enseignements tirés du livre : Rumi et le Soufisme

L’intermède musical est tiré de l’album Music of Turkey   Podcast: Croire à une autre dimension

Haut de page

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *