Le paon

Enseignement tiré du Mathnawî Livre V
La nature du canard ayant déjà été abordée nous en arrivons à celle du paon. (cf. les quatre oiseaux immatériels) qui symbolise l’arrogance.

Avec ses deux couleurs, le paon (l’arrogance) est tel un hypocrite, qui se déploie par amour de la renommée et de la gloire. Son désir est de s’emparer des gens. Il est ignorant du bien et du mal, ignorant du résultat et ignorant de l’utilité de cette saisie.
Il attrape sa proie sans le savoir, tel un piège. Quel tort ou quel profit advient au piège du fait qu’il attrape sa proie?
Ô mon frère, tu as réjoui tes amis avec deux cents marques d’affection et ensuite tu les as abandonnés.
Ton occupation depuis que tu es né est de capturer des gens, de séduire et de conquérir des coeurs à la seule satisfaction de tes désirs! De ton arrogance, de ton égotisme quel profit retires-tu en fin de compte? Aucun! Tu ne captures rien ni personne si ce n’est toi-même avec ton propre piège, simplement parce que tu es prisonnier et captif… de tes désirs!
La seule chose digne de recherche est l’Amour (Dieu); mais comment serait-Il contenu dans le piège de quiconque? Si par bonheur tu devenais Sa proie, tu pourrais rejeter ton piège et tu L’entendrais dire à ton oreille: « Etre une proie vaut mieux que d’être un chasseur. Fais de toi Mon adorateur aveugle et réjouis-toi de l’être. Reste à Ma porte et sois sans demeure afin de goûter la saveur de la Vie et de contempler la souveraineté cachée dans la servitude. »
Renonce à tes désirs, soumets-toi à Son Amour et tu trouveras le véritable sens de ta nature! Meurs avant de mourir et deviens qui tu es! Amour!

L’intermède musical est tiré de l’album : Psaumes de Yunus Emré  Podcast: Le paon

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Les quatre oiseaux immatériels

Enseignement tiré du Mathnâwî livre V

Les quatre oiseaux qui barrent la voie sont en réalité quatre caractéristiques corporelles; les sacrifier permet à l’âme de s’élever.
Les quatre oiseaux immatériels qui barrent la Voie ont élu domicile dans le coeur des hommes. Il s’agit: du canard, du corbeau, du paon et du coq.
Ce sont des images de quatre mauvaises dispositions dans les âmes.
Le canard représente la cupidité, le coq la luxure, l’arrogance est semblable au paon et  le désir au corbeau.
L’objet du désir du corbeau est l’immortalité ou la longue vie.
Le canard est la cupidité, son bec est toujours sur le sol cherchant ce qui est enfoui dans ce qui est humide ou sec. Son gosier n’est jamais en repos pour un instant. Il n’écoute rien des ordres divins sauf celui de « mangez ».
C’est comme un pillard emportant à la hâte tout ce qu’il trouve, bon ou mauvais, entassant l’humide sur le sec de peur qu’un autre ennemi n’arrive et le prenne avant lui! Il n’a pas confiance en son Seigneur.
Le croyant ayant confiance en cette Vie divine se comporte tout différemment; il ne craint pas de manquer sa chance, ni d’être privé de son profit. Il a constaté la justice du roi, en conséquence il ne se hâte pas et reste calme. Il possède beaucoup de réflexion, de patience et de longanimité; il est content, désintéressé et son coeur est pur!
Pouvoir « couper le cou » de ces quatre oiseaux reviendrait à purifier son caractère, à polir son coeur des scories jusqu’à le rendre lisse comme un miroir. Ca reviendrait à mourir à l’égo, à leurs tentations et provocations à l’égarement; et « s’approprier leurs pattes », signifie utiliser la force sous-jacente pour rejoindre la Vie divine. Pour marcher sur la Voie de Dieu, s’élever et ainsi s’approcher du but.

L’intermède musical est tiré de l’album : Sufi Music of turkey de Kudsi Erguner  Podcast: Les quatre oiseaux

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La racine

Nous avons ici l’histoire d’un amoureux qui raconte à sa bien-aimée tout ce qu’il a fait pour elle et lui demande si elle connaît, elle, d’autre service que ce qu’il a fait.
« Instruis-moi, lui dit-il, car je me soumets à tout ce que tu peux m’ordonner »
C’est en fait le dialogue entre le corps et l’âme, entre le coeur et l’esprit, la nécessité de la transmutation en pur amour pour atteindre la Réalité suprême!

Un amoureux, en présence de sa bien-aimée, rappelait ses services et ses travaux, Disant: « Pour toi, j’ai fait telle et telle chose, dans cette guerre j’ai souffert des flèches et des lances.
« La richesse a disparu, et la force a disparu, et la réputation a disparu: à cause de mon amour pour toi, bien des malheurs me sont arrivés.

« Nulle aube ne m’a trouvé endormi ou riant: nul soir ne m’a trouvé dans une demeure tranquille. »
Ce qu’il avait goûté d’amertumes et de lie, il le lui racontait en détail, point par point;
Non pas en guise de revendication; il faisait seulement montre de cent témoignages de la réalité de son amour. […]
L’amoureux à cause de cette ancienne peine, prononçait cent paroles de plainte, en disant: « Je n’ai pas dit un seul mot. »
Il y avait en lui un feu: il ne savait pas ce que c’était, mais son ardeur le faisait pleurer comme une bougie.
La bien-aimée lui dit: « Tu as fait tout cela, cependant ouvre tes oreilles toutes grandes et écoute bien;
« Car tu n’as pas accompli ce qui est la racine de la racine de l’amour et de la fidélité: ce que tu as fait, ce ne sont que les branches ».

L’amoureux demanda : « Dis-moi, quelle est cette racine? » Elle répondit: « Cette racine c’est de mourir et de s’anéantir.
« Tu as fait tout le reste, mais tu n’es pas mort, tu es vivant. Donc, tu es un ami prêt à se sacrifier! »

Aussitôt, il s’étendit de tout son long et rendit l’âme: comme la rose il donnait sa vie, en riant et en se réjouissant. (Mathnawî V,1242)

L’intermède musical est tiré de l’album : Ney de Kudsi Erguner   Podcast: La racine

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La joie est cachée sous le chagrin

Cache-t-on un trésor d’or en un endroit connu? non! Le Mathnawî livre III,1134 nous dit:  » Comment déposerait-on un trésor dans un endroit connu? c’est pour cela qu’il est dit: « La joie est cachée sous le chagrin ». Si tu désires trouver la joie, d’abord il te faudra libérer le chagrin! « L’amour de Dieu est un feu qui consume les difficultés: la lumière du jour chasse tous les fantômes. Cherche la réponse en ce même lieu d’où t’est venue la question. ». (Mathnawî III,1137)
Lorsqu’une question te taraude l’esprit, c’est que la réponse est déjà en toi, cachée, bien enfouie sous la question. C’est généralement pour des questions cruciales ou que nous considérons comme telles, que nous peinons à entendre la réponse tout au fond de nos coeurs. Nous entendons en principe beaucoup plus clairement pour les autres, c’est pour cette raison en partie, que nous avons tendance à nous tourner vers l’extérieur pour trouver réponse qui nous satisferait! La véritable réponse toutefois n’est nulle part ailleurs (qu’à l’intérieur!) Lorsque nous sommes prêts à entendre la vraie réponse, alors la joie se révèle.
Quand un jour Majnun, ce fou de Dieu, vint frapper à la porte de sa bien-aimée Leyla, elle lui demanda de derrière sa porte close:
– « Qui es-tu? »
– « C’est moi » répondit-il
– « vas-t’en » lui dit-elle, il n’y a pas de place ici pour deux « moi »
Il partit triste et chagrin dans le désert et y resta une année à méditer sur cette réponse, puis il revint frapper à la porte de Leyla. A sa demande :
– « Qui es-tu? » il répondit:
–  « c’est toi »
– « Entre » lui dit-elle
Sache que le monde de l’Unification est au-delà des sens.

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Tentation du libre arbitre

Parmi les thèmes de l’enseignement de Rûmî, se trouve l’importance de se libérer de la tentation du libre arbitre et des croyances que seuls, (par nous-mêmes) nous pouvons tout, surtout éviter les décrets divins et les épreuves par trop difficiles ou pénibles pour notre égo! Nous trouvons dans le Mathnawî VI, 210, une prière cherchant refuge en Dieu contre la tentation du libre arbitre et des choses qui y contribuent. En voici quelques extraits:

C’est de Toi que vinrent d’abord ce flux et ce reflux en moi-même; autrement, ô Dieu glorieux, cette mer mienne aurait été immobile.
De la même source d’où Tu m’as donné cette perplexité, fais-moi la grâce de me rendre de même sans perplexité.

Tu m’affliges. Ah! aide-moi, ô Toi qui rends par l’affliction les hommes faibles comme des femmes.
Combien de temps durera cette peine?Ne m’afflige pas, ô Seigneur! Accorde-moi un sentier, ne me fais pas suivre dix sentiers.
Je suis comme un chameau amaigri et mon dos est blessé par mon libre arbitre qui ressemble à un bât.
A un moment, ce panier pèse lourdement de ce côté-ci, à un autre moment, ce panier-là pend de l’autre côté.
Fais que cette charge mal équilibrée tombe de moi, que je puisse contempler la prairie des pieux.
Alors comme les Compagnons de la Caverne
, je me nourrirai dans le verger de la générosité – « pas éveillés, non ils dormaient » (Coran XVIII, 18)
Je me coucherai sur le côté droit ou gauche; je ne roulerai pas involontairement comme une balle.
De même que Toi, ô Seigneur du Jugement, tu me tournes vers la droite ou vers la gauche,
Des centaines de millions d’années, je volais involontairement, comme les atomes dans l’air.
Si j’ai oublié ce temps et cet état, cependant le voyage durant le sommeil le rappelle à ma mémoire.
(Chaque nuit) j’échappe à cette croix à quatre branches, et m’enfuis loin de cette étape (resserrée) dans le vaste pâturage de l’esprit.
Du sommeil, cette nourrice, je tête le lait de mes jours passés, ô Seigneur.
Tous les hommes du monde s’enfuient loin de leur libre arbitre et de leur existence personnelle vers leur côté inconscient.
Afin que pour un temps ils puissent être délivrés de la conscience, ils s’infligent à eux-mêmes l’opprobre du vin et des stupéfiants.
Tous savent que cette existence-ci est un leurre, que la pensée et la mémoire conscientes sont un enfer.
Ils s’enfuient loin de l’égoïté dans l’absence de soi, ou bien au moyen de l’ivresse, ou bien au moyen d’une occupation, ô homme bien guidé.
Toi ô Dieu, tu fais revenir l’âme de cet état de non-existence, parce qu’elle a pénétré dans l’inconscience sans Ton ordre.
[…]Il n’y a pas d’admission dans la salle d’audience de la Majesté divine pour quiconque, s’il n’est mort à lui-même.
Quel est le moyen de l’ascension vers le ciel? Cette non-existence. La non-existence est la foi et la religion des amoureux (de Dieu).

Musique d’accompagnement

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